Une prestation capitale pour son destin politique : la cour d’appel de Paris a entamé, mardi 20 janvier dans l’après-midi, l’interrogatoire de Marine Le Pen au procès des assistants parlementaires du Front national, où elle joue sa candidature à la présidentielle de 2027.

Sous les boiseries de la première chambre du palais de justice, la dirigeante d’extrême droite est montée à la barre quelques instants après la reprise de l’audience à 13 h 30. Son interrogatoire est prévu pour durer jusqu’à mercredi soir.

L’échange avec la présidente Michèle Agi a débuté sur le point très technique de la mutualisation des assistants parlementaires d’eurodéputés. « Je note que sur toute cette période de dix ans, le Parlement européen ne nous a jamais ni conseillé ni reproché d’avoir eu des assistants qui manifestement travaillaient avec plusieurs députés et cette connaissance était portée, à mon avis, à l’information du Parlement européen », a déclaré Marine Le Pen.

La justice reproche à Marine Le Pen, au Rassemblement national (alors appelé Front national) et à dix autres cadres le paiement entre 2004 et 2016 de salariés du parti, qui traversait alors des difficultés financières en raison de mauvais résultats électoraux, avec de l’argent du Parlement européen. Sur les 25 condamnés en première instance, seule la moitié a fait appel.

Les faits constituent « une succession de cas en réalité très différents les uns des autres, qui durent, ce qui me concerne, sur douze ans, puisque j’ai été douze ans eurodéputée », a soutenu Marine Le Pen au début de son interrogatoire.

Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris l’a déclarée coupable et notamment condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, l’empêchant en l’état de se présenter à la prochaine présidentielle. Un coup de tonnerre au moment où la candidate potentielle survolait les intentions de vote pour le premier tour.

En première instance, les juges ont établi le préjudice économique du Parlement de Strasbourg à 3,2 millions d’euros, une fois déduit 1,1 million d’euros de fonds indûment versés mais déjà remboursés par une partie des prévenus.

Au moment où l’extrême droite présente un nombre sans précédent de 120 députés RN à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, rattrapée par les pratiques des années de vaches maigres du parti, pourrait voir sa quatrième candidature à l’élection présidentielle empêchée par la justice et devoir céder la place à son poulain Jordan Bardella.

Mardi, la cour d’appel a commencé la journée par l’interrogatoire du député de l’Yonne Julien Odoul, mis en grande difficulté sur la réalité de son emploi d’assistant parlementaire d’une eurodéputée frontiste en 2014-2015. Ayant rejoint le parti d’extrême droite en 2014, le prévenu disposait d’un contrat de travail comme assistant parlementaire de l’eurodéputée Mylène Troszczynski. Et ceci alors que l’organigramme du Front national publié à l’hiver 2015, qui éveillera l’attention du Parlement européen, le présentait comme « conseiller spécial » au cabinet de la présidente du parti, Marine Le Pen.

Malgré le contrat le mettant théoriquement au service de l’eurodéputée, sur les premiers mois, « je n’ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail », a affirmé à la barre Julien Odoul, 40 ans. Sur une période d’un an et demi, il n’aura que douze communications avec sa supérieure théorique. De leurs trois appels, le plus long sera d’une durée de quatre minutes et dix-sept secondes. « Rétrospectivement, elle n’avait pas besoin de mes services », a-t-il dit regretter.

Se présentant comme désœuvré, débarquant dans un parti désorganisé, Julien Odoul a soutenu s’être alors mis informellement au service de Marine Le Pen car « Mylène Troszczynski m’avait dit de me rendre utile au sein du siège du Front national ».

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