En 2017, un enquêteur français haut placé de retour de Milipol, le grand salon bisannuel consacré à la sécurité des Etats, se confie à l’auteur de ces lignes. Choqué, il dit avoir été approché dans les travées du salon par « une entreprise israélienne » – dont il ne veut pas donner le nom – qui a voulu lui vendre un outil de géolocalisation utilisant les données publicitaires collectées sur les téléphones mobiles.
Près d’une décennie plus tard, ce qui avait alors des allures de science-fiction est devenu une industrie bien installée. Des entreprises vendent désormais des prestations d’« Advertising Intelligence » (Adint) : en récupérant sur les marchés publicitaires la géolocalisation de millions de téléphones dans le monde entier, elles promettent à des services de renseignement ou de police de les suivre à la trace, à quelques mètres près.
Selon un décompte du Monde, au moins une quinzaine de sociétés proposent désormais ce service : la plupart sises en Israël – et fondées par d’anciens des services de renseignement ou de l’armée du pays – mais aussi en Europe et aux Etats-Unis. Leur matière première : les données publicitaires échangées et revendues dans des places de marché en ligne, captées par des milliers d’applications lambda (jeux, météo…) et censées être utilisées à des fins publicitaires.