Des troupes américaines, en l’occurrence la moitié du cabinet de Donald Trump, sont arrivées à Davos, en Suisse, pour y promouvoir le nouvel impérialisme des Etats-Unis. Dans les chalets cossus de ce qui fut naguère, une semaine par an, le temple du « doux commerce » censé pacifier les nations, selon Montesquieu, pour garantir une très kantienne paix perpétuelle, chacun a été invité à relire au plus vite Thucydide. Notamment la maxime selon laquelle « le fort fait ce qu’il peut et le faible subit ce qu’il doit ». Elle a toujours été au cœur de la vision de la politique de Donald Trump et reste plus que jamais sa boussole, un an après son retour à la Maison Blanche. Les trois années restantes vont être longues.
Cela ne réconfortera certainement pas ceux que le président des Etats-Unis a rangés dans le camp de la faiblesse, accablés de mépris et de sarcasmes pendant qu’il ménage ceux qu’il classe parmi les puissants, mais il en va de même à l’intérieur de son pays. Là aussi, le gouvernement, par la peur, a remplacé la quête patiente du consentement. La remise en question des contre-pouvoirs prévus par les Pères fondateurs pour protéger la République marche du même pas que le piétinement du droit international.
Ceux qui avaient arraché de haute lutte l’indépendance des Etats-Unis n’avaient pas anticipé que ces contre-pouvoirs puissent s’automutiler. Les élus républicains d’un Congrès dont les prérogatives précèdent celles du président, dans la Constitution de 1787, ont ainsi capitulé face à la force pour éviter, sans garantie de résultats, qu’elle s’exerce à leurs dépens.
La persistance d’une colonne vertébrale parmi les juges de la Cour suprême devrait être incessamment vérifiée sur la question des taxes douanières que Donald Trump a transformées en équivalent diplomatique du missile de croisière, en arguant d’une loi spéciale qui n’en parle pourtant pas. En arrivant à la Maison Blanche, en 2017, Donald Trump avait fait accrocher dans son bureau le portrait du président Andrew Jackson (1829-1837). Ce dernier avait refusé d’appliquer une décision de la Cour suprême s’opposant au déplacement par la force de milliers d’Amérindiens. Que fera son lointain successeur s’il se retrouve face à une décision similaire ?