Un « conseil de la paix » pour quoi faire ?

Quelle est la véritable ambition du « conseil de la paix », initialement présenté par Donald Trump, en septembre, dans le cadre de son plan visant à mettre fin au cauchemar de Gaza ? La question se pose depuis que le contenu de la charte a été rendu public par la presse le 18 janvier. Alors que la mission initiale, la réhabilitation de Gaza, n’est pas mentionnée explicitement, ce conseil de la paix est présenté comme « une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ».

L’objectif est-il de mettre sur pied une « société Trump des nations » ? Ce dernier, en tant que président, y disposerait de pouvoirs considérables, qui commencent par le choix de ses membres, moyennant un ticket d’entrée de 1 milliard de dollars (860 millions d’euros). Parmi les premiers invités figurent des obligés, comme le président argentin, Javier Milei, des thuriféraires, comme le premier ministre hongrois, Viktor Orban, et des dirigeants dont la conception de la « stabilité » passe par le mépris de la démocratie, terme que la charte ne mentionne d’ailleurs pas. Il s’agit du maître de Moscou, Vladimir Poutine, et de celui de Minsk, Alexandre Loukachenko.

Donald Trump entend s’appuyer enfin sur un conseil exécutif composé de son gendre, Jared Kushner, de l’un de ses donateurs et de membres de son administration. L’ancien premier ministre britannique Tony Blair sera le seul à y siéger en n’étant pas américain.

Il y a encore quelques mois, un tel « machin » aurait suscité les sarcasmes. La brutalisation des relations diplomatiques imposée par Donald Trump les a fait taire préventivement. Pour avoir simplement indiqué que Paris n’entendait pas, « à ce stade », « donner une suite favorable » à l’invitation qui lui a été adressée, la France a été immédiatement menacée par le président des Etats-Unis de taxes douanières exorbitantes visant les vins et le champagne.

On connaît de longue date la détestation de Donald Trump pour les Nations unies, que son pays avait contribué à porter sur les fonts baptismaux il y a quatre-vingts ans. Les pays du Sud ne sont pas en reste, qui déplorent une organisation figée sur des rapports de force anachroniques. Les critiques du président des Etats-Unis contre une organisation trop bureaucratique et souvent impotente sont en bonne partie fondées, même si Washington a amplement contribué à sa paralysie, notamment par ses nombreux veto au sein du Conseil de sécurité. Mais un conseil de la paix organisé autour d’un homme qui ne connaît comme seule limite que sa « moralité », selon ses propres termes, apparaît à ce stade comme la pire des alternatives.

Compte tenu des résultats pour le moins mitigés enregistrés par l’administration de Donald Trump dans les grandes crises internationales en cours, de l’Ukraine au Soudan, on ne peut que suggérer au conseil de la paix de commencer à faire ses preuves sur le dossier pour lequel il a été imaginé : le conflit israélo-palestinien. L’idée d’une internationalisation de Gaza était l’une des rares idées intéressantes du plan présenté en septembre, mais rien n’a avancé depuis. Il y a pourtant urgence à surmonter les blocages qui continuent de rendre la vie impossible à plus de 2 millions de Palestiniens, dans une étroite bande de terre où l’armée israélienne est toujours déployée.

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