L’opération ayant conduit à l’enlèvement de Nicolas Maduro s’inscrit dans la longue histoire de la politique étrangère des Etats-Unis en Amérique latine. Donald Trump s’est affranchi du vernis humanitaire qui accompagne habituellement l’interventionnisme américain. Mais la véritable surprise réside plutôt dans le fait que cette intervention entre en contradiction avec une partie des idées de la nébuleuse trumpiste. Cette dernière est divisée face à l’affirmation d’une ambition impériale assumée par le président.
Une partie importante des intellectuels ayant salué les succès électoraux de Donald Trump se réclame en effet de l’isolationnisme. Cette doctrine considère que les Etats-Unis doivent refuser de jouer un rôle actif dans les affaires du monde. Selon eux, la politique étrangère devrait se limiter à la défense des frontières, notamment face à l’immigration.
Cet isolationnisme s’enracine dans la tradition politique américaine. John C. Calhoun (1782-1850), septième vice-président et théoricien majeur de l’idéologie sudiste, en constitue la figure historique. Opposé à un Etat fédéral fort, Calhoun justifiait le maintien de l’esclavage dans les Etats du Sud en affirmant qu’ils pouvaient légalement refuser l’application de lois fédérales adoptées par la majorité du Nord.
Calhoun s’opposa ainsi à la guerre américano-mexicaine (1846-1848), qui aboutit à la cession forcée des territoires constituant aujourd’hui le sud-ouest des Etats-Unis. Son opposition reposait sur deux arguments : l’extension territoriale risquait de transformer l’Union en puissance impériale et « l’incorporation du Mexique » aurait menacé « le gouvernement de la race blanche ». Cet anti-impérialisme repose donc sur l’idée qu’il est impossible de mener une politique interventionniste tout en préservant un ordre politique fondé sur la suprématie blanche.