« Un tournant décisif dans l’histoire d’Ubisoft. » C’est ainsi qu’Yves Guillemot, président-directeur général du géant du jeu vidéo, a qualifié la restructuration du groupe dévoilée le 21 janvier, durant une conférence de presse. Après plusieurs années de turbulences financières, le leader français du secteur engage une refonte en profondeur de son organisation pour tenter de retrouver de la compétitivité. Au menu : annulations de projets, fermetures de studios et une nouvelle cure d’austérité.

Première victime connue : le remake de Prince of Persia, The Sands of Time, grand succès d’Ubisoft Montréal datant de 2003, est abandonné. Cinq autres jeux non annoncés passent également à la trappe, tandis que sept autres titres non identifiés sont repoussés.

La réduction du nombre de projets en cours s’accompagne de fermetures de deux studios : une à Halifax (Canada), actée début janvier, et une autre à Stockholm (Suède). Des réorganisations sont également prévues à RedLynx (Helsinki, Finlande), Massive (Malmö, Suède) et Ubisoft-Abou ?Dabi.

Sur le front social, la direction envisage également de mettre fin au télétravail. Une orientation qui ne manquera pas de créer de fortes tensions dans une entreprise où le travail à distance s’est largement installé depuis la pandémie. En 2024, des grèves avaient déjà paralysé des studios français lorsque la direction avait fixé une présence de trois jours sur site par semaine, réduisant de facto le télétravail

Le groupe basé à Saint-Mandé (Val-de-Marne) employait encore 17 000 personnes fin 2025, après avoir déjà supprimé plus de 3 000 postes dans le cadre d’un plan d’économie de 300 millions d’euros. « Une troisième et dernière phase » de ce plan est désormais enclenchée, selon M. Guillemot, dans le but de réduire ses coûts « d’au moins 200 millions d’euros » d’ici deux ans.

Confrontée à une concurrence féroce, à l’explosion de ses coûts de production et à une créativité en berne, la direction paie aussi une série d’échecs commerciaux depuis le début des années 2020, comme l’arrêt brutal du jeu de tir en ligne XDefiant, la débâcle de Skull and Bones ou les ventes décevantes de Star Wars Outlaws. Résultat : l’action d’Ubisoft aura plongé de 51 % en 2025.

Pour tenter de se relancer, l’éditeur changera aussi son modèle de production dès avril. Ubisoft adoptera une organisation inédite dans l’industrie, structurée autour de « maisons de création ». Au nombre de cinq – un chiffre qui rappelle le nombre de membres de la fratrie Guillemot qui a fondé l’entreprise en 1986 –, elles seront chacune dédiée à un genre de jeux précis et disposeront de leur propre pouvoir décisionnel. Une volonté assumée de « décentraliser » le fonctionnement de la société, explique à l’Agence France-Presse Marie-Sophie de Waubert, directrice des studios d’Ubisoft.

Les équipes techniques, marketing, de production et de distribution seront mutualisées tandis que le siège conservera la main sur les orientations stratégiques et l’allocation des budgets.

Une première brique a déjà été posée fin 2025 avec le lancement de Vantage Studios, qui supervise les licences phares Assassin’s Creed, Far Cry et Tom Clancy’s Rainbow Six. En novembre, le géant chinois du jeu vidéo y a investi 1,16 milliard d’euros pour en acquérir plus de 25 %.

Les autres « maisons » comprendront les jeux de tir (The Division, Ghost Recon), les jeux services en ligne (For Honor, The Crew), les univers fantastiques (Anno, Rayman, Prince of Persia, Beyond Good & Evil) et, enfin, les jeux familiaux (Just Dance).

Initialement attendue à l’équilibre pour son résultat opérationnel sur l’année 2025-2026, Ubisoft devrait afficher une perte opérationnelle de 1 milliard d’euros pour l’exercice en cours en raison de cette restructuration.

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