Le 3 janvier, les Etats-Unis lançaient une attaque militaire contre le Venezuela – la première en Amérique latine depuis celle contre le Panama, en 1989 – et enlevaient le président Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores. Les réactions du monde entier n’ont pas tardé à arriver, les unes célébrant la chute d’un dirigeant antidémocratique et responsable de crimes contre l’humanité, d’autres s’indignant de la violation manifeste du droit international et de la Charte des Nations unies ; d’autres, enfin, mêlant les deux premières.
Dans le sous-continent américain, qui a connu tout au long des XIXe et XXe siècles de nombreuses ingérences états-uniennes directes ou indirectes, les réponses ont été diverses, selon l’orientation politique des gouvernements. Le Brésil, le Mexique, la Colombie, le Chili et l’Uruguay, tous gouvernés par la gauche, ont publié le 4 janvier un communiqué conjoint avec l’Espagne, exprimant leur « profonde préoccupation et [leur] rejet » face à l’intervention militaire qui « contrevient aux principes fondamentaux du droit international ». La situation au Venezuela, ont-ils ajouté, « doit se résoudre exclusivement par des voies pacifiques, à travers le dialogue, la négociation et le respect de la volonté du peuple vénézuélien ».
A l’inverse, les présidents d’Argentine, Javier Milei, d’Equateur, Daniel Noboa, du Salvador, Nayib Bukele, ou encore du Paraguay, Santiago Peña, tous de droite ou d’extrême droite, se sont réjouis sans ambages de l’enlèvement du « narcoterroriste » Nicolas Maduro. Au Chili, le président élu, José Antonio Kast, l’a qualifié de « grande nouvelle pour la région ». Pas un mot, pour ces dirigeants, sur la souveraineté violée d’un pays latino-américain, région qui a pourtant souvent dénoncé l’« impérialisme yankee ».
Pour la énième fois, l’Amérique latine a donc montré ses divisions. Pire, l’organisme censé représenter les 33 Etats de la région, la Communauté d’Etats latino-américains et caraïbes (Celac), a été incapable d’émettre un communiqué commun condamnant l’attaque. En septembre 2025 déjà, la Celac s’était montrée désunie face au déploiement militaire au large des côtes vénézuéliennes, onze pays refusant de signer un communiqué exprimant la « préoccupation » et rappelant l’importance du « dialogue » et de la « solution pacifique des différends ».