La question dominera l’année 2026 : qui pour battre le Rassemblement national (RN) ? De cette question découlent deux autres pour les partis dudit « arc républicain ». Comment éviter un deuxième tour entre le RN et La France insoumise (LFI), alors que le parti de Jean-Luc Mélenchon n’a manqué sa qualification au second tour que de 421 308 voix en 2022 ? Et comment vont-ils pouvoir départager leurs multiples candidats ?
Plusieurs sont déjà déclarés : l’ancien premier ministre Edouard Philippe, l’écologiste Marine Tondelier ou l’ancien membre du parti Les Républicains (LR), le maire de Cannes David Lisnard, qui a annoncé sa candidature le 21 janvier sur RTL. Dans le camp macroniste, d’autres se préparent : le président de Renaissance, Gabriel Attal, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, l’ancienne première ministre Elisabeth Borne, les ministres Gérald Darmanin et Aurore Bergé, sans compter l’ancien chef du gouvernement Jean Castex et le premier ministre actuel, Sébastien Lecornu, que des proches d’Emmanuel Macron imaginent lui succéder.
Le match à droite se joue entre le président de LR Bruno Retailleau et le patron des députés LR Laurent Wauquiez, mais d’autres espèrent se faufiler sur la ligne de départ : Xavier Bertrand, Michel Barnier, ou encore l’ancien premier ministre de Jacques Chirac, Dominique de Villepin, qui prépare déjà la collecte de ses 500 signatures qu’il a manquée de peu en 2011. L’espace de la social-démocratie est lui aussi saturé : Raphaël Glucksmann, François Hollande, Bernard Cazeneuve, mais aussi Olivier Faure, Boris Vallaud, voire la présidente de la région Occitanie Carole Delga ou le député socialiste Jérôme Guedj. Alors que le RN n’a jamais été aussi près du pouvoir, l’incertitude n’a jamais été aussi grande.
Cette prolifération est liée à plusieurs facteurs, plus ou moins inédits. Après dix ans, il s’agit d’une élection de renouvellement. Comme personne ne s’impose, le seuil de qualification au deuxième tour pourrait être bas, ce qui exacerbe les ambitions. La décomposition politique, conjuguée à l’ultra personnalisation du scrutin présidentiel, favorise en outre les aventures personnelles, la course à la popularité et le choc des ego. Les partis, affaiblis et balkanisés, ne jouent plus leur fonction : sélectionner le meilleur candidat et produire des idées. Une anémie renforcée par l’accélération du temps politico-médiatique à la faveur de réseaux sociaux, ce qui booste encore la mécanique du présidentialisme, une obsession française.