En 1996, la première génération de semences génétiquement modifiées faisait son apparition dans les champs d’Amérique du Nord, laissant l’Union européenne (UE) plutôt sceptique face aux promesses de l’industrie. Trois décennies plus tard, l’UE a changé et s’apprête à ouvrir grand la porte à de « nouveaux OGM » – des plantes issues des « nouvelles techniques génomiques » (NGT). Celles-ci pourraient entrer sur le marché sans évaluation des risques environnementaux ou sanitaires, sans traçabilité, sans étiquetage pour les consommateurs, sans dispositif de coexistence avec les cultures classiques.
Mercredi 28 janvier, la commission environnement du Parlement européen doit ratifier, ou non, les termes de cette dérégulation. Les eurodéputés prendront ce jour-là une décision lourde de conséquences qui déterminera dans une certaine mesure l’avenir de l’agriculture sur le Vieux Continent, avec des effets en cascade sur les systèmes alimentaires, la taille des exploitations, les paysages, la biodiversité, la qualité de l’eau, etc.
Les promoteurs de ces nouvelles technologies font miroiter une réduction des intrants, de meilleurs rendements, l’adaptation des cultures aux températures élevées, aux sécheresses, aux pathogènes, etc. Mais il y a là comme un air de déjà-vu : à la fin des années 1990, les mêmes arguments, parfois aux mots près, étaient mis en avant par les promoteurs des premières générations d’OGM.
Trente ans plus tard, ce que les OGM ont fait à l’agriculture américaine – qui les a largement adoptés – est à l’inverse. Dans un rapport de 2016, l’Académie des sciences américaine reconnaissait n’avoir aucune preuve d’un effet positif sur les rendements à partir des données nationales. Ont-ils permis de réduire l’usage des pesticides ? Les chiffres sont cruels. Depuis l’adoption des OGM, la dépendance de l’agriculture américaine aux herbicides a explosé. Outre-Atlantique, les exploitants épandent chaque année quelque 136 000 tonnes de glyphosate, soit environ dix fois plus qu’en 1995. Sans compter les anciennes molécules qui reviennent en grâce, pour cause d’apparition de mauvaises herbes résistantes.