D’une chose au moins, Amélie S. et Julie R. sont certaines : lors de cette fin septembre 2023, les corps de leurs filles respectives, 4 ans à l’époque, ont parlé, avec des comportements inhabituels. « Pendant dix jours, Alma [les prénoms des personnes mineures ont été modifiés] ne mangeait plus, se réveillait la nuit en criant, se plaignait de douleurs abdominales », raconte la première de ces deux mères de famille, professeure des écoles aujourd’hui âgée de 35 ans. « Lise multipliait les cauchemars, avait des troubles du sommeil et s’était remise à faire pipi au lit », se souvient la seconde, infirmière de 32 ans, qui devait alors endormir son enfant sur sa poitrine, comme un nourrisson.
Les deux femmes habitent la même commune de 5 000 habitants en Seine-et-Marne – que nous avons choisi de ne pas nommer afin de préserver l’anonymat des personnes concernées. L’une et l’autre sont particulièrement formées, dans leurs métiers, à la détection des signaux de violences physiques ou sexuelles. Pourtant, dans leur cas, elles n’ont pas fait le lien tout de suite. « Parce que c’est impensable quand il s’agit de son enfant, explique Julie R. A aucun moment je n’ai songé à faire de la clinique sur ma fille. »