Dans le brouillard et la grisaille de Nove Mesto (République tchèque), Eric Perrot a de nouveau attiré la lumière, dimanche 25 janvier, en dominant de bout en bout l’épreuve de la mass start. Trois jours après son succès sur l’individuel court, le biathlète français de 24 ans s’est encore imposé, et au meilleur des moments, la sixième étape de la Coupe du monde étant la dernière à avoir lieu avant l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina (du 6 au 22 février 2026).
Irréprochable sur le pas de tir, le Savoyard y a fait le plein (20/20), tout en se montrant régulier sur ses skis, ne commettant aucune faute tout au long des 15 kilomètres d’un parcours pourtant délicat. En solitaire à l’approche de la ligne d’arrivée, Eric Perrot a pris le temps de savourer sa victoire, devançant finalement l’Américain Campbell Wright (2e) et le Norvégien Sverre Dahlen Aspenes (3e).
« Ça fait du bien, ce sont des grands moments, savourait-il au micro de La chaîne L’Equipe. La volonté a marché aujourd’hui, et ce n’est pas toujours le cas. Je mets énormément d’exigence pour avoir ce niveau-là. Je regardais Martin [Fourcade] faire ça facilement à la télé, et je comprends aujourd’hui que ce n’était pas facile, c’était dans le combat. »
Au terme de cette lutte, le biathlète tricolore a surtout obtenu, pour la deuxième fois de sa carrière, le statut provisoire de leader du classement général, détrônant l’Italien Tommaso Giacomel, auteur d’une course ratée (11e). Lui qui affichait 23 points d’avance avant la mass start, en compte désormais 37 de retard, perdant le dossard jaune et la confiance qui en découle, juste avant d’entamer à domicile les Jeux olympiques.
Pragmatique, Eric Perrot n’a quant à lui pas voulu s’enorgueillir de la situation, toutefois exceptionnelle : « C’est super d’arriver à atteindre ce dossard. Maintenant, je vais mettre tout ça de côté, on entre dans une nouvelle période avec ces JO. Je vais bien me reposer mentalement pour être frais, j’ai de grandes ambitions pour ces Jeux, et j’ai hâte d’y être. Mais ça va être de nouveaux combats. Le maillot jaune, il ne va pas m’aider à aller plus vite. »
Pour les autres tricolores en lice, la journée n’a certes pas offert de podium, mais les frères Fabien (4e) et Emilien Claude (6e) ont toutefois pu profiter d’un bel élan, côte à côte. Au pied du podium, Fabien, le cadet, se projetait déjà à Antholz, lieu des épreuves olympiques : « C’est encore une belle journée pour l’équipe. Bravo à Eric, il fait deux 20/20 dans la semaine, et il prend le jaune : c’est top et de bon augure pour la suite. » C’est du moins tout ce qu’il reste à souhaiter aux Bleus.
Quelques heures plus tard, sur un tracé amputé de 2,5 kilomètres, l’équipe de France féminine de biathlon s’est illustrée à son tour sur le parcours tchèque, en partie débarrassé de sa brume. Après une longue bataille en tête de la course, animée par quatre skieuses tricolores, et l’Italienne Lisa Vittozzi, Julia Simon a finalement pris l’ascendant dans les derniers hectomètres, tout en force.
« J’étais dans la souffrance, mais comme tout le monde, concédait, encore essoufflée, la vainqueure du soir. J’espère que ça a fait vibrer du monde derrière la télévision. Je sentais que j’étais à la limite, j’ai survécu, jusqu’à ce qu’il se passe un truc dans la tête. » Sélectionnée pour les Jeux olympiques, la biathlète de 29 ans, dernière tricolore à avoir remporté le gros globe de cristal – en 2023 –, a ainsi renoué avec la victoire pour la première fois depuis sa condamnation judiciaire pour vol et fraude.
Derrière elle, la Française Océane Michelon (2e), qui a pourtant dicté le rythme dans le dernier tour, a vu ses forces la lâcher dans le sprint final, de même pour Lisa Vittozzi (3e), qui complétait alors le podium. La leadeuse du classement général, Lou Jeanmonnot, a quant à elle terminé à la quatrième place, déclassée dans la dernière ascension. Camille Bened, autrice d’un sans-faute sur le pas de tir, a également souffert sur les skis (5e).
« La semaine a été compliquée, argumentait-elle au sortir de la course. Dès les réglages, je sentais que je n’avais pas les bonnes sensations. J’ai vraiment fait avec ce que j’avais aujourd’hui. » Pour les Bleues, le bilan est pourtant positif, puisque les quatre skieuses présentes dans le top 5 représenteront la France lors des épreuves olympiques. Seules déceptions dans le clan tricolore, le classement de Justine Braisaz-Bouchet (16e) et Jeanne Richard (20e), en grande difficulté derrière la carabine, à quelques jours du départ en Italie.