Dans la galerie d’anatomie comparée du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, Hydrodamalisgigas présente ses 10 mètres de long et ses 9 tonnes. Cinquante millions d’années d’évolution. Puis une disparition à vitesse record, vingt-sept ans après la découverte du spécimen par le zoologiste Georg Wilhelm Steller (1709-1746). L’existence de la rhytine de Steller, ou « vache de mer », est résumée en un petit écriteau qui accroche l’œil d’une fidèle des lieux. « Le panneau m’a glacée », se souvient Adèle Rosenfeld, rencontrée par « Le Monde des livres ». L’écrivaine faisait déjà apparaître cette découverte dans son premier roman, Les méduses n’ont pas d’oreilles (Grasset, 2022), comme un grimpeur poserait une voie. « La vache de mer est devenue une image intériorisée de la rondeur, de l’enveloppement, de la familiarité que je convoquais régulièrement. »

Trois ans durant, celle qui avoue une fascination ancienne pour la figure du « scientifique qui découvre » et la vie aquatique se passionne pour le mammifère marin : à la bibliothèque de recherche du Muséum, elle lit des articles scientifiques sur la « grande expédition du Nord » du Pacifique de l’explorateur Vitus Béring. Le naufrage au large de la péninsule du Kamtchatka est raconté par Steller dans Journal of a Voyage with Bering 1741-1742 (non traduit). Du naturaliste embarqué dans l’expédition, Adèle Rosenfeld lit aussi De bestiis marinis (« des bêtes marines », non traduit), où il catalogue la faune et la flore. Dans cet ouvrage, « il parle de la solidarité des vaches de mer, de leur végétarisme, de leur placidité, de leurs jeux amoureux. Il décrit un mari, une femme et un enfant. C’est ce qui rend l’histoire encore plus déchirante. Car, plus il prête aux animaux les traits d’une famille heureuse, plus il les torture ».

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario