Jusqu’ici, l’Union européenne (UE) a résisté aux pressions de Washington pour qu’elle assouplisse sa réglementation sur le numérique, au titre de laquelle plusieurs enquêtes sont déjà ouvertes contre Apple, Google, X ou Meta. Et, bon an mal an, elle n’a pas renoncé à la faire respecter, même si les enquêtes traînent et si les rares amendes déjà infligées peuvent paraître modestes. Certes, elle avance avec une grande prudence, et elle ne s’est d’ailleurs toujours pas prononcée sur les dossiers les plus politiquement à risque, comme ceux qui portent sur des soupçons d’ingérence dans des élections européennes. Certes, dans les phases de crise ouverte avec les Etats-Unis, elle veille à ne pas mettre de l’huile sur le feu.

Mais, dès que les tensions retombent, la Commission européenne, qui se sait observée de près sur le sujet, notamment par le Parlement européen, rappelle leurs obligations aux géants de la tech américaine. Lundi 26 janvier, après l’apaisement des tensions au sujet du Groenland entre les Européens et les Etat-Unis, elle a ainsi pris deux initiatives, dont l’une concerne X, l’autre WhatsApp.

L’exécutif communautaire a donc ouvert une enquête contre l’entreprise d’Elon Musk, qui demande régulièrement l’abolition de la construction communautaire. Plus précisément, Bruxelles soupçonne qu’avec Grok, l’intelligence artificielle de X, le réseau social ait enfreint les règles du Digital Services Act (DSA), qui lui impose de protéger les utilisateurs contre les contenus illégaux.

Entre autres, Grok offre une fonctionnalité, intégrée à X, qui permet la divulgation de fausses images de femmes ou de mineurs dénudés. Selon une étude publiée le 22 janvier par une ONG, le Center for Countering Digital Hate, Grok a ainsi généré, entre le 29 décembre 2025 et le 8 janvier, quelque trois millions d’images sexualisées de femmes et d’enfants, soit 190 images par minute en moyenne.

L’affaire a provoqué un véritable tollé sur le Vieux continent et amené plusieurs pays, dont la France, à ouvrir des procédures. X a bien tenté de calmer le jeu, d’abord en réservant la génération d’images à caractère sexuel à ses abonnés payants puis, le 14 janvier, en assurant que cette fonctionnalité ne serait plus accessible dans les pays où elle est illégale. Mais la Commission n’est « pas convaincue par les mesures d’atténuation des risques que la plateforme a prises » ces derniers jours, affirme un haut fonctionnaire européen, et elle a donc, à son tour, décidé d’agir.

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