Une légende raconte qu’au Moyen Age, en Ecosse, un assaillant viking, avançant de nuit et pieds nus afin de ne pas être entendu, aurait marché sur un chardon. Son cri de douleur aurait rompu le silence et réveillé des guerriers écossais, leur permettant de repousser l’assaut. Ce récit a fait de cette plante, capable de croître dans des environnements hostiles, l’emblème national de l’Ecosse.
Il est aussi le symbole de la maison Barrie, marque et manufacture de cachemire écossaise fondée à Hawick en 1903. On le retrouve naturellement sur son logo, encadré de deux lettres B en miroir. Depuis l’arrivée d’Augustin Dol-Maillot à la direction artistique, en 2018, ce motif, baptisé Thistle (« chardon », donc, en anglais), s’est imposé comme une figure récurrente des collections.
Sa déclinaison la plus sophistiquée apparaît sur un patch de cachemire tricoté en intarsia, d’un seul tenant et en trois dimensions, apposée sur de nombreuses pièces du vestiaire pour homme et pour femme de la maison. Au-delà du point Bubble en volume, du graphisme original, des franges et surpiqûres, la prouesse technique de ce logo est rendue possible grâce aux machines de dernière génération du fabricant japonais Shima Seiki, capables de superposer des volumes, des couleurs et des motifs. Mais le patch doit surtout son caractère unique au travail des programmeurs réalisé au sein de la manufacture Barrie.
D’autres maisons spécialisées dans la maille disposent du même équipement, mais n’arrivent pas à reproduire un tel motif, fabriqué en une seule pièce, sans broderie ni ajout ultérieur. « J’ai toujours vu la maille comme une forme d’imprimante 3D du vêtement. On part d’un programme en deux dimensions, puis la machine interprète et met en volume », explique Augustin Dol-Maillot. Jusqu’au 24 février, Barrie met à l’honneur ce savoir-faire très spécifique dans le cadre d’un pop-up installé rue Cambon.
« Je ne voulais pas que ce motif soit seulement un marqueur d’identification visuel mais qu’il soit aussi un support d’expression technique et artistique », poursuit le créatif. Sous son impulsion, le dessin a changé d’échelle, s’est agrandi ou miniaturisé, est apparu en juxtaposition ou a presque disparu dans la texture.
« On peut jouer sur une multitude de variables pour le réinterpréter : jauges, échelles, reliefs et points. La maille, c’est une forme de chimie », souligne-t-il. La complexité atteint son sommet lorsque le logo est posé sur des fonds rayés, à motifs pied-de-poule ou même en dentelle de cachemire, fruit, là encore, d’un travail de programmation de haute précision.