Lorsque, en 1790, George Washington s’installe à Philadelphie, en Pennsylvanie, alors capitale temporaire du pays, le premier président des Etats-Unis possédait neuf esclaves. Comme la Pennsylvanie avait adopté en 1780 une loi accordant la liberté à toute personne asservie ayant séjourné six mois dans l’Etat, George Washington s’arrangeait pour faire « tourner » ses esclaves entre Philadelphie et sa plantation de Mount Vernon, en Virginie. Parmi ces esclaves, deux s’enfuirent, dont Ona Judge, qui, à 22 ans, s’échappa après avoir compris que Martha Washington, l’épouse du président, comptait la donner en cadeau à sa petite-fille.

L’histoire de la démocratie américaine et celle de l’esclavage sont indissociables. Elles se sont déroulées à la même époque et, parfois, dans les mêmes lieux. Proclamer la liberté tout en institutionnalisant l’esclavage, c’est cette contradiction que documentait The President’s House, à Philadelphie, avec une exposition en plein air à l’endroit même où résidèrent les deux premiers présidents du pays (John Adams, le second, n’avait pas d’esclave).

A mi-chemin entre l’Independence Hall, où la déclaration d’indépendance fut adoptée, et le Musée de la Constitution, rédigée et ratifiée en ce lieu, des murs de brique rouge reconstruits marquent l’emplacement de cette maison démolie au début des années 1830. En 2007, des fouilles archéologiques ont mis au jour le sous-sol, désormais visible sous une plaque de verre, où les domestiques, parmi lesquels des esclaves, travaillaient. « L’histoire de l’esclavage a été enterrée au sens propre comme au figuré », y lisait-on sur un panneau.

En 2002, quand Michael Coard, avocat et militant pour les droits civiques et l’égalité raciale, apprend que George Washington était propriétaire d’esclaves, il n’en revient pas : « Je me suis senti trahi. Je n’en avais jamais entendu parler. Je suis né à Philadelphie, je suis allé à Masterman [lycée d’excellence de Philadelphie], à Cheyney University [université noire de Philadelphie], à l’école de droit de l’université d’Etat de l’Ohio, comment ai-je pu passer à côté ? » Ce non-dit de l’histoire américaine l’a conduit, avec d’autres militants noirs américains, à se mobiliser pour que ce passé sorte de l’ombre. Après huit années d’efforts, en 2010, le site de The President’s House et son exposition « Liberté et esclavage dans la construction d’une nouvelle nation » voyaient le jour.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario