Sur le grand échiquier mondial où se joue actuellement la fracturation du monde, la bataille pour le contrôle des ports est l’une des plus stratégiques. Economiquement, c’est par là que passent 90 % des marchandises mondiales. Les longs engorgements pendant la pandémie de Covid-19, avec des porte-conteneurs patientant aux embouchures, l’ont illustré de façon spectaculaire. Géopolitiquement, l’enjeu est également majeur. Maîtriser un port, c’est contrôler l’accès à un pays, et détenir une source d’information essentielle. Les services de renseignements, voire les militaires, ne sont jamais très loin.
Dans ce grand jeu mondial, CMA CGM a poussé ses pions, mercredi 28 janvier. L’armateur français a annoncé un accord avec le fonds d’investissement américain Stonepeak pour 2,4 milliards de dollars (2 milliards d’euros). L’entreprise contrôlée par Rodolphe Saadé lui vend une participation minoritaire de 25 % dans le contrôle de dix ports dont il a la gestion. Et pas n’importe lesquels ! On y trouve Fenix Marine Services, un terminal du port de Los Angeles, qui est le plus important des Etats-Unis, et deux terminaux à New York. Les autres se situent au Brésil, en Espagne, en Inde, à Taïwan et au Vietnam.
L’enjeu est d’abord financier pour le conglomérat français. L’accord lui permet d’investir une somme considérable sans piocher dans sa trésorerie. Or cette course à l’investissement est nécessaire. Les porte-conteneurs sont de plus en plus gros, mais cela nécessite d’avoir des terminaux en mesure de les recevoir. Il faut des quais et des grues adaptées, des routes pour aller avec…