Menaces d’intervention militaire américaine, possibles sanctions européennes contre les gardiens de la révolution : face à la pression occidentale, l’Iran, qui a réprimé dans le sang la contestation populaire, a affiché, jeudi 29 janvier, son inflexibilité et se dit prêt à une « riposte écrasante ».
Après les déclarations du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, affirmant que les forces armées avaient « le doigt sur la gâchette », le chef de l’armée, Amir Hatami, a annoncé avoir doté les régiments de combat de 1 000 drones. Face aux « menaces auxquelles [l’armée est] confrontée », elle a pour « priorité de renforcer ses atouts stratégiques en vue d’une riposte rapide et écrasante à toute invasion et attaque », a déclaré le général, cité par la télévision d’Etat. « Une réponse décisive interviendra instantanément [en cas d’attaque] », a promis le porte-parole de l’armée iranienne, évoquant les « sérieuses vulnérabilités » des porte-avions américains et rappelant que de « nombreuses » bases américaines dans la région se trouvaient à portée de missiles iraniens.
« Aujourd’hui, nous devons être préparés à la guerre. La République islamique d’Iran ne déclenche jamais une guerre, mais, si elle lui est imposée, elle se défendra avec force », a affirmé, de son côté, le vice-président iranien Mohammad Reza Aref, cité par l’agence de presse IRNA.
L’Iran a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, passage-clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le quotidien Kayhan, proche du pouvoir, affirme jeudi dans un éditorial que « fermer le détroit relève du droit de la République islamique d’Iran ». « Si l’ennemi brandit une épée, nous n’allons pas l’accueillir avec un sourire diplomatique », ajoute le journal.
Ces nouvelles déclarations surviennent au lendemain de menaces du président américain, Donald Trump : il a averti Téhéran que le « temps était compté » avant une éventuelle attaque américaine, « pire » que celle menée en juin 2025 contre des sites nucléaires iraniens. Parallèlement, Washington a déployé des forces militaires navales dans le Golfe, dont le porte-avions Abraham-Lincoln.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé au dialogue avec l’Iran, en particulier au sujet de la question nucléaire, afin d’éviter une crise aux « conséquences dévastatrices pour la région ». « Nous suivons avec préoccupation les discussions en cours et estimons qu’il est important qu’un dialogue s’instaure afin de parvenir à un accord, notamment concernant la question nucléaire, et d’éviter ainsi une crise qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour la région », a-t-il poursuivi.
« Je pense que la région n’a pas besoin d’une nouvelle guerre », a affirmé la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne (UE), Kaja Kallas, à l’issue d’une réunion des ministres des affaires étrangères européens à Bruxelles.
Parallèlement, l’UE accentue également la pression. Les Vingt-Sept sont parvenus à un accord, jeudi, pour désigner les gardiens de la révolution iraniens comme une « organisation terroriste ».
Les voies diplomatiques ne semblent toutefois pas encore épuisées. Après des tractations avec les pays du Golfe opposés à une intervention américaine, le chef de la diplomatie iranienne se rendra vendredi en Turquie, qui souhaite jouer le rôle de médiateur entre Téhéran et Washington.
Le ministre des affaires étrangères turc, Hakan Fidan, « réitérera l’opposition de la Turquie à toute intervention militaire contre l’Iran », selon une source du ministère s’exprimant sous couvert d’anonymat.
Dans une interview à la chaîne CNN diffusée jeudi par l’agence IRNA, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, s’est dit ouvert à un « dialogue réel et dans le cadre des règles internationales » avec les Etats-Unis. « Tant qu’il n’y a pas de garanties pour les droits du peuple iranien, et que la dignité de la nation iranienne n’est pas respectée, il n’y a naturellement pas de négociations », a-t-il affirmé. Moscou, de son côté, a estimé que le potentiel de négociations était « loin d’être épuisé », appelant « toutes les parties à la retenue ».
Les bilans des ONG sur la violente répression qui s’est abattue sur les manifestants en janvier font état de milliers, voire de dizaines de milliers de morts. D’après un nouveau décompte de l’ONG Human Rights Activists News Agency (Hrana), basée aux Etats-Unis, 6 373 personnes, dont 5 993 manifestants, ont été tuées durant le mouvement de contestation, 11 018 gravement blessées et 42 486 arrêtées.
Le nombre de morts pourrait être bien plus élevé que ces chiffres, car plus de 17 000 décès sont en cours d’examen, écrit l’ONG sur le réseau social X, en ajoutant que les restrictions de communication restaient en place malgré un rétablissement partiel d’Internet après trois semaines de coupure.
Alors que des témoignages font état de blessés refusant d’aller se faire soigner à l’hôpital par crainte d’être arrêtés sur place, un haut responsable du ministère de la santé, Abbas Ebadi, a assuré jeudi que les établissements de santé ne pratiquaient aucune « discrimination de race, idéologie ou nationalité. Qu’ils soient étrangers, Iraniens, manifestants ou non, nous les soignons », a-t-il dit.