« Il ne reste plus qu’à s’en aller » : à Cuba, la vie devenue impossible

Une question brûlante taraude Alexandra, en ce matin de janvier. La vendeuse de minuscules choses (biscuits, pain, savons, sodas, bonbons), dans la rue San-Rafael de Centro Habana (quartier central et populaire de La Havane), se demande : qui a fait le coup ? Depuis son coin de trottoir, elle a une vue imprenable sur la vitrine brisée de Model, magasin de vêtements et d’articles divers (un peu d’entretien, un peu d’alimentation), qui dut être élégant il y a longtemps, mais ne propose désormais, comme les mannequins le montrent, qu’une collection triste et terne, à mille lieues du style outrageusement sexy et flamboyant qui s’étale partout.

La rue San-Rafael est en émoi. Le magasin d’Etat est déjà si déprimant. Que voulaient donc les voleurs ? Renseignement pris, ils ont emporté quelques bouteilles d’huile. Tout s’explique. Quelques jours plus tard, ils seront retrouvés et arrêtés. Ils ont sans doute été identifiés par l’une des nombreuses caméras installées sur les murs, pourtant en si mauvais état. Ils ont joué de malchance : la nuit de leur forfait, par extraordinaire, il y avait de l’électricité. Tout cela déprime un peu plus Alexandra (comme tous les prénoms, celui-ci a été changé). Elle aimerait sortir, boire des bières, danser. Mais tout est hors de portée, désormais, même la compagnie. « Il n’y a plus personne, tout le monde est parti [à l’étranger]. Et les gens continuent de s’en aller », se plaint-elle.

Elle n’a pas assez d’argent pour une bière, et encore moins pour payer un passeport, un visa ou un billet d’avion. Elle reste donc dans la rue San-Rafael. Partout, des appartements ont été bradés, parfois avec tout leur contenu, pour des sommes dérisoires, quelques milliers de dollars. De l’argent qui a servi à financer le voyage vers l’exil, souvent à travers plusieurs pays d’Amérique latine, sans espoir de retour. Même des policiers s’en sont allés, au milieu de plus de deux millions de personnes ayant fui Cuba en un peu plus de quatre ans. Ce qui semble expliquer une poussée de petits larcins et de braquages.

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