Une porcelaine dans un magasin d’éléphants. Gracieuse et pudique, Jeanne Cherhal jure un peu dans le décor saturé du bar Le Marilyn, niché dans les coulisses de l’Olympia. Dans cette enclave sans fenêtre à l’ambiance lynchienne, des affiches des années 1970 tapissent les murs du sol au plafond avec, semble-t-il, deux thématiques privilégiées : les toutous et les femmes nues. C’est dans ce lieu mythique, inaccessible au public, que se sont retrouvés, après le concert, les artistes du monde entier. Le bar doit son nom à la gouailleuse tenancière qui y a officié trente ans durant, jusqu’au début des années 1990. (« Sinatra, au moins, il filait des pourliches », aurait-elle asséné à un jeune musicien.)
Un saut dans le temps pour cette chanteuse, musicienne et compositrice qui s’inscrit dans l’histoire de ses pairs (Brassens, Sanson, Sheller, Souchon, Higelin…) et nous raconte la sienne, et, à travers elle, la nôtre, au fil de ses sept albums. Le dernier s’appelle tout simplement Jeanne, sorti en avril 2025. Un autoportrait poétique et joyeux, qui pourrait être un hommage aussi bien à la couturière qui a planqué Brassens pour lui éviter le STO qu’à l’actrice Jeanne Moreau, dont une affiche orne sa cuisine.