Livre. C’est en sortant de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs en 2015 qu’Anne Bourrassé s’est mise à compter. Jusque-là, durant ses études, les femmes étaient bien présentes et même majoritaires. Mais elles ont peu à peu disparu, dans les expositions, galeries d’art et institutions… Aujourd’hui commissaire d’exposition, la spécialiste d’art contemporain s’intéresse aux statistiques : si les femmes représentent près de 75 % des étudiants en écoles d’art, elles ne sont que 30 % à être exposées dans les fonds régionaux d’art contemporain (FRAC), 23 % en galeries d’art et 6,6 % dans les collections publiques des musées.

Dans Les Refusées. Les artistes femmes n’existent pas (Seuil, 232 pages, 19 euros), Anne Bourrassé livre une enquête documentée et personnelle sur l’histoire et les effets de cette disparition aujourd’hui encore dans le milieu de l’art contemporain. En mêlant parcours intimes (dont le sien) et collectifs, archives et témoignages, mais aussi en s’appuyant sur les nombreux travaux féministes et queer parus depuis les années 2000, l’autrice démonte les mécanismes qui perpétuent cette exclusion.

Car la situation des femmes dans l’art, tout comme celle des minorités de genre, n’a rien d’un accident de l’histoire. Elle est avant tout l’aboutissement d’un système de production active de l’effacement. L’ouvrage décrit ainsi comment, avant d’être oubliées, des dizaines de peintres ou de sculptrices se sont battues pour exercer une discipline qui leur était interdite, et ont accédé pour certaines à la reconnaissance et à la notoriété. Ce succès chèrement acquis n’a pourtant pas réussi à leur éviter l’oubli, selon un schéma bien rodé où la force de déterminants économiques et symboliques, mais aussi les efforts cumulés de critiques, d’historiens et de confrères ont tout fait pour invisibiliser leur travail, voire se l’approprier.

Pour documenter les conditions systémiques de cet effacement, l’autrice a choisi d’adopter une structure singulière. Au fil des chapitres, l’ouvrage met en regard les trajectoires de deux artistes : Rosa Bonheur et Eugène Delacroix, Janet Sobel et Jackson Pollock, Artemisia Gentileschi et Le Caravage, ou encore Auguste Rodin et Hélène Bertaux, afin d’éclairer les causes structurelles des inégalités.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario