Ryoko Sekiguchi arrive à notre rendez-vous avec un bouquet de mimosas. Sans doute parce que son nouveau livre, Venise, millefleurs, explore la place du végétal dans la cité lacustre ; mais aussi parce que c’est la saison, et que le jaune éclatant de ces fleurs forme, dit-elle, un « petit soleil d’hiver ». De livre en livre, l’écrivaine japonaise, née à Tokyo en 1970 et installée depuis presque trente ans en France, a bâti une œuvre – écrite en français – où les sens tiennent un rôle central. Ainsi, dans ce livre, où elle aborde Venise à rebours de son image muséale, en observant la circulation du vivant plutôt que ses monuments.
L’aventure de ce texte floral commence à l’été 2023. Alors qu’elle vient de terminer L’Appel des odeurs (P.O.L, 2024), elle ressent le besoin de trouver un nouveau souffle. « L’Appel des odeurs était un livre “post-Covid”, il était lié à une solitude imposée, j’en avais assez. Je voulais écrire un texte animé. » Elle ne dispose que d’une intuition : le prochain livre aura pour cadre une ville. Ce n’est que dans les territoires urbains, explique-t-elle, qu’elle peut trouver des « matières » qui l’inspirent.