Trois livres, pas plus. C’est tout ce qu’a publié, en soixante et onze années d’existence et dix-huit ans de carrière, Donald Ray Pollock, romancier et nouvelliste américain qui est à l’Ohio ce que Faulkner fut au Mississippi, ou Flannery O’Connor à la Géorgie : un « méconteur », un empêcheur de romancer en rond, un sombre messie littéraire. Car, voilà, Pollock ne vient jamais pour rien, ses livres ne sont pas des livres, mais des charniers clandestins, des morgues en panne. Des feel bad books qui affichent la minutie catastrophique et le lyrisme glaçant de rapports d’autopsie écrits « par un fou… et qui ne signifie[nt] rien » (Macbeth).
Notre homme voit le petit jour en 1954, dans la communauté de Knockemstiff – « étends-le raide ! » –, comté de Ross, Ohio. Première embauche à 17 ans dans un abattoir à cochons. L’idylle dure peu et le kid de Chillicothe, le bourg familial, prend « ses cliques et ses cloaques » direction la Floride, où il survit au soleil de ces fameux petits boulots indispensables au CV des futurs romanciers américains. Une missive paternelle le rappelle dans la mère patrie : un emploi de conducteur d’engin cherche preneur.