Cerné d’appels à quitter la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris et convoqué par le Quai d’Orsay, Jack Lang est désormais également visé, avec sa fille Caroline, par une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » ouverte par le Parquet national financier (PNF).
Cette enquête concerne « les faits révélés par Mediapart relatifs à Caroline et Jack Lang » et leurs liens financiers supposés avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, a fait savoir le PNF, vendredi 6 février, à l’Agence France-Presse (AFP), confirmant une information du Figaro. L’association anticorruption AC !! a par ailleurs annoncé à l’AFP avoir porté plainte, auprès du même parquet.
Pressé de démissionner de la présidence de l’IMA, Jack Lang devra s’expliquer dimanche sur ses liens avec Jeffrey Epstein auprès du ministère des affaires étrangères français, principal financeur de l’IMA.
Caroline Lang, fille aînée de l’ancien ministre de la culture, a démissionné de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur des affaires effectuées avec l’ancien milliardaire américain, mort en prison en 2019.
Le nom de Jack Lang et celui de sa fille Caroline apparaissent en effet dans une nouvelle salve de millions de documents publiés le 30 janvier par le ministère de la justice américain, notamment pour une transaction immobilière « offshore » au Maroc et une société fondée avec M. Epstein dans un paradis fiscal en 2016.
Vendredi, le gouvernement n’excluait aucune option sur le mandat de Jack Lang à l’IMA. « Il est convoqué par le ministère » des affaires étrangères, principal financeur de l’IMA, « et sera reçu dimanche », a déclaré le ministre Jean-Noël Barrot à l’AFP depuis Erbil, au Kurdistan irakien, où il est en déplacement. Sollicité par l’AFP, Jack Lang, 86 ans, qui a jusqu’à présent exclu de quitter son poste, n’a pas répondu dans l’immédiat. L’ancien ministre socialiste est à Marrakech, « sonné et épuisé », selon ses proches.
Depuis Beyrouth où il poursuivait son voyage, Jean-Noël Barrot a ensuite dit que sa « priorité, c’est évidemment de garantir le bon fonctionnement et la continuité et l’intégrité de l’Institut du monde arabe », soulignant que « les premiers éléments qui ressortent de ces dossiers sont inédits et d’une extrême gravité » et « exigent un travail d’enquête rigoureux et approfondi ». « Je me réserve, s’agissant de la poursuite de son mandat, toutes les options », a-t-il ajouté, alors que la subvention annuelle du ministère – 12,3 millions d’euros – représente la moitié du budget de l’IMA.
L’avocat de M. Lang, Laurent Merlet, a estimé « normal que la tutelle demande des explications à une personne mise en cause et ne se contente pas de ce qu’elle peut lire sur les réseaux sociaux et dans les médias. Il s’agit de connaître sa position ». Il a réfuté auprès de l’AFP l’idée que les documents Epstein prouvent « d’intenses liens d’amitié » entre le criminel sexuel américain et son client.
Mercredi, Jack Lang avait formellement exclu de démissionner, invoquant sa « naïveté » face aux révélations sur ses relations passées avec Epstein. Après avoir déclaré lundi « assumer pleinement [ses] liens » passés avec le financier américain, Jack Lang a assuré mercredi qu’il ignorait tout du passé criminel de cet homme quand il l’a rencontré il y a « une quinzaine d’années » par l’entremise du réalisateur Woody Allen.
Aucune charge ne pèse contre Jack Lang, mais la mention de son nom à 673 reprises et ses liens d’intérêt avec le financier américain l’ont éclaboussé, ainsi que sa fille Caroline.
Concernant Caroline Lang, Me Merlet a expliqué qu’il la représentait également. Elle répondra « loyalement » aux questions de la justice, a-t-il ajouté : « Caroline est sereine n’ayant perçu aucun fonds, ce que l’enquête confirmera. »
« C’était un ami, ce n’était pas un intime. Il n’était pas du tout dans mon cercle proche d’amis », a assuré Caroline Lang, jeudi soir, sur BFM-TV au sujet de l’homme d’affaires américain. « Comment on pouvait imaginer des horreurs pareilles ? », « je ne pouvais pas savoir. Et mon père non plus », a-t-elle ajouté.
Parmi les documents publiés par les autorités américaines consultés par l’AFP figurent différents échanges éclairant la relation entre les deux hommes. Jack Lang « a personnellement insisté pour que tu viennes à son anniversaire », écrit en 2017 à Jeffrey Epstein l’homme d’affaires Etienne Binant, mécène de l’IMA. « C’est pour le cercle intime uniquement, il ne fait pas ce genre d’invitations à la légère. »
« Cher Jeffrey, (…) votre générosité est infinie », aurait écrit lui-même Jack Lang en 2017. « Puis-je encore abuser ? », demande-t-il avant de solliciter le milliardaire pour qu’il le transporte en voiture à une fête organisée par l’Aga Khan hors de Paris.
Dans les rangs politiques, les appels au départ de Jack Lang continuent de se multiplier, de Marine Tondelier, cheffe des Ecologistes, à l’ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, qui a été ministre dans le même gouvernement que lui, en passant par Renaud Muselier, son prédécesseur à la tête de l’IMA et désormais président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
L’IMA est une fondation de droit privé, créée en 1980 et que Jack Lang dirige depuis 2013. Il a depuis été reconduit, pour un total de quatre mandats. L’ex-ministre a été proposé à ce poste par les autorités françaises, mais c’est le conseil d’administration de l’IMA, composé à parité d’ambassadeurs de pays arabes et de personnalités choisies par le Quai d’Orsay, qui l’a formellement désigné et reconduit à sa tête.