Philippe Aghion, prix Nobel d’économie : « Je voulais comprendre le monde pour le transformer »

Dans son laboratoire de recherche de la rue d’Ulm, à Paris, Philippe Aghion, qui a partagé en 2025 avec Peter Howitt et Joel Mokyr le prix Nobel d’économie, raconte ses origines orientales, ses parents baroques et son précoce engagement communiste. A 69 ans, ce zébulon volubile et joyeux, professeur au Collège de France, à l’Insead et à la London School of Economics, veut continuer ses recherches le plus longtemps possible afin de rendre « le monde meilleur ».

… Si quelqu’un ne m’avait pas mis un coup de pied au derrière en me poussant à partir aux Etats-Unis pour y effectuer un postdoctorat, alors que j’avais fait ma thèse en France. Cette personne-là était l’économiste Jean-Michel Grandmont. Un jour, il a dit à ma mère [Gabriella, dite Gaby] : « Votre fils est un embryon de chercheur, il peut devenir un grand chercheur, mais son grand problème c’est vous. Je vais mettre un océan entre lui et vous. » Ça a été très important car, si je n’étais pas parti aux Etats-Unis, je n’aurais pas pu faire le travail qui m’a conduit au Nobel.

Je ne sais pas, peut-être sentait-il que j’étais sous la coupe de mes parents, j’étais très proche d’eux. J’habitais en face de chez ma mère, dans un appartement qu’elle avait acheté tout près de chez elle. Il pensait qu’il fallait que je vole de mes propres ailes.

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