L’histoire racontée par Laurent Lerbet est tristement banale. Celle d’une société victime d’une cyberattaque, comme on en voit des centaines. En juillet 2022, sa coopérative agricole voit plusieurs de ses machines « vérolées » par un logiciel malveillant. « Ils sont entrés et ils ont tout chiffré, explique au Monde le gérant, dont dépendent également des caves à vin dans le sud-ouest de la France. Pendant trois jours, nous n’avions rien. »

La criminalité par rançongiciel – ces virus déployés pour paralyser des réseaux informatiques entiers – s’est imposée, depuis 2020, comme une menace majeure pour les autorités. Les attaques les plus médiatiques ont mis à mal des multinationales, laissé des traces pendant des mois, avec à la clé des demandes de rançons se chiffrant en dizaines de millions d’euros.

Le procès qui s’ouvre, mercredi 11 février, devant la 13e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris raconte cette cybercriminalité du quotidien. Collectivités, PME, cabinets d’avocat : les victimes recensées entre 2020 et 2022 sont éparpillées sur tout le territoire, pour des préjudices allant de quelques dizaines de milliers à plus de 150 000 euros. Une seule a payé la rançon, généralement fixée à 1 bitcoin (environ 58 000 euros lors de la publication de cet article). Toutes ont cependant vu leurs ordinateurs paralysés par Phobos, un rançongiciel décrit par Europol comme « discret mais efficace ».

Le principal prévenu, Ilia D., qui comparaît avec son épouse, Marina D., est soupçonné d’avoir mené, depuis la Russie, plus d’une centaine d’attaques, dont plusieurs dizaines en France, en utilisant ce rançongiciel. Ils avaient été interpellés au cours de l’été 2023 lors d’un voyage en Italie. Ilia D., âgé de 39 ans, est aujourd’hui renvoyé devant le tribunal pour de multiples atteintes à un système informatique, extorsion, blanchiment aggravé et association de malfaiteurs. Sa compagne, 34 ans, doit répondre de non-justification de ressources et d’association de malfaiteurs. « Il est extrêmement rare que les auteurs de ce type de faits soient appréhendés. A ce titre, je salue le travail réalisé par la justice dans ce dossier, même si mes clients n’ont que peu d’espoir d’être indemnisés », souligne auprès du Monde Lucas Vincent, qui défend un cabinet d’avocats figurant dans les parties civiles.

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