« C’est le prix de notre dignité. » C’est par ces quelques mots que Vladyslav Heraskevytch a réagi, dans un message publié sur son compte Instagram, jeudi 12 février, à la décision prise quelques dizaines de minutes plus tôt par le Comité international olympique (CIO). L’instance a annoncé, dans un communiqué, avoir disqualifié l’athlète ukrainien, qui devait participer pour la troisième fois de sa carrière aux Jeux olympiques (JO) et à l’épreuve de skeleton, dont la première manche a démarré dans la matinée à Cortina (Italie).

Vladyslav Heraskevytch, porte-drapeau de la délégation ukrainienne lors de la cérémonie d’ouverture de ces JO de Milan-Cortina 2026, a été sanctionné, car il souhaitait porter un casque honorant plusieurs coéquipiers tués lors du conflit avec la Russie, refusant « d’accepter les règles du CIO en matière d’expression des athlètes », écrit le comité olympique dans son communiqué.

« Ce matin, à son arrivée sur le site de compétition, M. Heraskevytch a rencontré la présidente du CIO, Kirsty Coventry, qui lui a expliqué une dernière fois la position du CIO. Comme lors des réunions précédentes, il a refusé de changer de position », peut-on lire dans le texte.

Dans ces conditions, « la décision a été prise par le jury de la Fédération internationale (IBSF), en se basant sur le fait que le casque qu’il entendait porter n’était pas conforme à la réglementation, poursuit le communiqué. Le CIO a décidé en conséquence, avec regret, de lui retirer son accréditation pour les JO 2026. Malgré de nombreux échanges et discussions en personne avec M. Heraskevytch (…), il n’a pas voulu faire de compromis. »

Au regard du comité international olympique, le skeletoneur ukrainien a en effet violé l’article 50 de la charte olympique, qui dispose qu’« aucune manifestation ni propagande politique, religieuse ou raciale ne sont autorisées sur les sites, lieux ou autres zones olympiques ».

Vladyslav Heraskevytch, qui avait participé à l’épreuve de skeleton aux Jeux de Pyeongchang (Corée du Sud), en 2018, et de Pékin, en 2022, avait pris part aux entraînements, lundi et mercredi, avec sur la tête ce casque gris portant les images sérigraphiées de plusieurs de ses compatriotes morts à la guerre.

En zone mixte, quelques heures après la décision du CIO, Vladyslav Heraskevytch a estimé que « [son] casque n’enfreint aucun règlement, et l’article 50 ne dit rien sur un tel casque et malgré tout, je suis suspendu ». « Des athlètes presque dans le même cas ont été traités différemment et n’ont pas été sanctionnés. Par exemple, lors des épreuves de snowboard, un athlète a arboré un drapeau russe, selon la réglementation du CIO, le drapeau russe est interdit, mais cet athlète n’a pas été sanctionné », a-t-il poursuivi.

L’athlète ukrainien de 27 ans estime que la décision dirigée par Kirsty Coventry « va dans le sens de la propagande russe » et représente une « erreur terrible ». « Je ne voulais pas créer ce scandale et il y a ce scandale parce que certaines personnes au sein du CIO ont une très étrange interprétation de leurs règles, ce qu’on peut considérer comme une forme de discrimination », a-t-il ajouté, tout en précisant qu’il pourrait saisir le Tribunal arbitral du sport.

L’initiative de Vladyslav Heraskevytch avait été saluée par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, sur son compte Telegram : « Son casque arbore les portraits de nos athlètes qui ont été tués par la Russie. Le patineur artistique Dmytro Sharpar, tué au combat près de Bakhmout ; Yevhen Malyshev, un biathlète de 19 ans tué par les occupants près de Kharkiv ; et d’autres athlètes ukrainiens dont la vie a été emportée par la guerre menée par la Russie. »

Suite à l’exclusion de Vladyslav Heraskevytch, le président ukrainien a réagi sur ses réseaux sociaux, estimant que « le mouvement olympique doit contribuer à mettre fin aux guerres, non pas faire le jeu des agresseurs. Malheureusement, la décision du Comité international olympique de disqualifier le skeletoneur ukrainien Vladyslav Heraskevych dit le contraire. »

De son côté, le ministre des affaires étrangères ukrainien, Andriï Sybiha, a estimé que « le CIO n’a pas seulement disqualifié l’athlète ukrainien, il a disqualifié sa propre réputation ». « Les générations futures s’en souviendront comme d’un moment de honte », a lancé le chef de la diplomatie ukrainienne.

Lors des Jeux de Pékin, qui s’étaient déroulés du 4 au 20 février 2022, soit quelques jours avant le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, Vladyslav Heraskevytch avait brandi une pancarte sur laquelle était inscrite la mention : « Pas de guerre en Ukraine ». Le CIO avait jugé que l’athlète lançait un « appel général pour la paix » et ne l’avait pas disqualifié au titre de l’article 50 de la charte olympique. Vladyslav Heraskevytch avait terminé 18? à l’épreuve de skeleton.

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