« Un petit roman », de Lars Noren : le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault

Lars Noren est mort du Covid-19, le 26 janvier 2021, à 76 ans. La mort, cela faisait des années qu’il la sentait venir, qu’il l’attendait, que ses pièces ne parlaient que de ça – comme Poussières, écrite pour la Comédie-Française, en 2018, et où il mettait en scène dix retraités qui disparaissaient les uns après les autres. En 2003, il écrivait déjà dans son journal : « J’ai peur de mourir bientôt. » Son dernier texte, publié de manière posthume, se situe littéralement dans le couloir de la mort. Une femme attend d’être exécutée. Elle a commis un crime affreux. Elle est dans un quartier de haute sécurité, dans l’Indiana, où elle attend la mort depuis plus de dix ans. Cette femme a un nom, elle est encore vivante au moment où Noren décrit ses derniers jours, qui sont ses derniers jours depuis si longtemps.

En 2025, on a pu lire, grâce aux mêmes traducteurs, Johan Härnsten et Amélie Wendling, et chez le même éditeur, La Place, l’ultime année du Journal de Lars Noren (Journal d’un écrivain. 2019-2020). Détachées des milliers de pages qui le constituent et dont seule une toute petite partie existe en français (l’année 2003-2004, publié par L’Arche en 2009), ces notes quotidiennes étaient terriblement émouvantes : moins parce qu’elles étaient les dernières, ou parce qu’on ne pouvait les lire qu’en projetant sur elles la mort de leur auteur, mais précisément parce que celui-ci se plaçait dans un temps hésitant, paisible, baigné d’une densité lumineuse qui semblait fixer la réalité en surexposition. Tout ce journal décrit l’attente, qui prend parfois des formes très concrètes – l’attente de sa fille, par exemple – quand d’autres fois elle est purement tendue vers l’abstraction et le rien. Sans savoir s’il aura le temps et la force de le finir, Noren entreprend l’écriture d’un « petit roman » sur cette femme immobile dans le couloir de la mort.

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