Autour de la table du réveillon de Noël 2023, la créatrice de mode américaine Emily Adams Bode Aujla se laisse bercer par les récits de la famille de son époux, Aaron Aujla, avec qui elle développe sa marque de prêt-à-porter mixte, Bode, depuis 2016. L’oncle d’Aaron, le pianiste de jazz Bill Charlap, évoque avec émotion son père, un être sensible et inspiré, fauché par la mort à 45 ans : le compositeur Moose Charlap (1928-1974). « J’ai toujours aimé ça : entendre des gens parler d’expériences ou de personnes qui les ont modelés depuis leur tendre enfance. C’est ce genre de récits sentimentaux américains que j’essaie de retranscrire dans mon travail », raconte la designer depuis sa maison du Connecticut.
Après avoir découvert des enregistrements poignants du musicien juif de la Côte est, Emily Adams Bode Aujla a décidé de faire de lui le fil rouge de deux collections successives. « Au-delà du vêtement, la mode doit, à mon sens, préserver une mémoire, transmettre un héritage. Raconter la trajectoire de quelqu’un qui a eu une vie si brève mais qui a laissé des chansons que de nombreux Américains de tous âges ont entendues me semblait s’inscrire dans cette ambition. » A Broadway, Moose Charlap a notamment marqué les esprits avec les airs populaires de son Peter Pan (1954) et son Alice Through the Looking Glass (1966).
Pour présenter ces deux collections, la créatrice a préféré éviter le défilé classique. Ainsi, ses vêtements habillent des figurines miniaturisées à échelle 1/6 (environ 30 centimètres de haut). « Déjà, petite, dans le Massachusetts, je fabriquais mes propres poupées. J’emportais ma machine à coudre partout, même sur la plage », se souvient la trentenaire. Ses miniatures ont fait l’objet d’un portfolio pour l’automne-hiver 2025-2026 et ont été exposées à Paris, dans des dioramas (des reconstitutions miniatures), pour le printemps-été 2026. « J’ai imaginé des petites saynètes, comme un condensé de l’existence de Moose Charlap. »