Le parquet de Paris a annoncé, samedi 14 février, avoir désigné des magistrats référents pour analyser les éléments susceptibles d’impliquer des ressortissants français à la suite de la publication par les Etats-Unis de documents liés au criminel sexuel Jeffrey Epstein.

Le parquet a précisé que cela pouvait concerner « des infractions de diverses natures, notamment à caractère sexuel ou à caractère financier ». Sollicité par l’Agence France-Presse (AFP), il a expliqué travailler à l’exploitation des documents nouvellement diffusés aux Etats-Unis, « en coordination avec le Parquet national financier et en lien avec la direction nationale de la police judiciaire (…) afin d’ouvrir des enquêtes ».

D’autre part, le parquet a expliqué avoir été saisi de trois nouvelles affaires. « Le 10 février, le ministère des affaires étrangères a adressé un signalement indiquant que Fabrice Aidan, secrétaire des affaires étrangères principal, apparaissait dans les documents publiés par les autorités américaines, sans autre précision. » Une enquête vise à recueillir différents éléments susceptibles d’étayer ce signalement, a rapporté le ministère public.

Le 11 février, le parquet a, par ailleurs, reçu une plainte déposée par une femme de nationalité suédoise à l’encontre de Daniel Siad, un recruteur de mannequins aux liens étroits avec Epstein, lui reprochant « des faits de nature sexuelle qu’elle qualifie de viol et susceptibles d’avoir été commis en France en 1990 ». Cette plainte fait également l’objet d’une analyse au regard des autres éléments portés à la connaissance du parquet de Paris, a-t-il expliqué.

Le 12 février, enfin, le parquet de Paris a « reçu, sur dessaisissement du parquet de Thonon-les-Bains, une plainte déposée à l’encontre du chef d’orchestre Frédéric Chaslin ». « Cette procédure, portant sur des faits de harcèlement sexuel qui auraient été commis en 2016, est en cours de réception et d’analyse par le parquet de Paris », a-t-il souligné.

Le parquet a également annoncé samedi procéder « à une réanalyse intégrale du dossier d’instruction » dans lequel Jean-Luc Brunel, ex-agent de mannequins et proche de Jeffrey Epstein, avait été mis en examen. Ce dossier avait été clôturé par un non-lieu à la suite de la mort de Jean-Luc Brunel, à l’âge de 75 ans, en février 2022. En détention provisoire depuis décembre 2020, il avait été retrouvé pendu dans sa cellule.

L’objectif est de « pouvoir en extraire toute pièce susceptible d’être utilement réexploitée dans un nouveau cadre d’enquête », a expliqué le parquet à l’AFP.

« Aucune autre personne n’avait été mise en examen dans ce dossier », a rappelé le parquet. Ce dernier avait été saisi, à l’été 2019, par deux signalements de l’association Innocence en danger et un courrier de l’association Femme et libre évoquant des complicités françaises dans le dossier concernant Jeffrey Epstein aux Etats-Unis. Une plaignante avait reproché à Jean-Luc Brunel de l’avoir violée dans les années 1980, lorsqu’elle était tout juste majeure et qu’elle travaillait en mannequinat. Le parquet de Paris avait alors confié l’enquête à Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP).

« Les enquêteurs ont synthétisé des auditions issues d’une procédure américaine en relevant que Jean-Luc Brunel était un ami proche de Jeffrey Epstein ; qu’il offrait des emplois de mannequins à des jeunes filles pauvres ; qu’il s’était livré à des actes sexuels avec des mineures aux Etats-Unis, dans les îles Vierges américaines, à Paris et dans le sud de la France », note le parquet.

Répondant à un appel à témoins, plusieurs femmes avaient rapporté avoir participé à des soirées à Paris, au cours desquelles étaient consommées de fortes quantités d’alcool et de cocaïne, et où des jeunes filles avaient été mises en contact avec Jean-Luc Brunel. Certaines avaient témoigné d’une atmosphère de prostitution et de drogues, ainsi qu’un climat de violences sexuelles. Dix femmes avaient mis en cause Jean-Luc Brunel, décrivant pour plusieurs avoir été conduites à boire de l’alcool, avoir perdu leurs moyens, voire tout à fait connaissance, et s’être vu imposer une pénétration sexuelle.

« L’une a décrit Jean-Luc Brunel comme étant celui qui acheminait de nouvelles jeunes filles à Jeffrey Epstein, sous prétexte de shootings photo, depuis l’Europe de l’Est ou l’Amérique latine. D’autres ont indiqué avoir été contraintes à ces relations sexuelles, par leur jeune âge, l’emprise qu’avaient sur elles Jeffrey Epstein ou Jean-Luc Brunel », a ajouté le parquet.

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