« Avec l’élection de Trump, le blogueur Curtis Yarvin est en passe de devenir une figure influente »

Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Kant en Allemagne, Mazzini en Italie, Zola en France. Mais aux Etats-Unis ? En dépit d’une tradition venue de l’Angleterre du XVI? siècle, les dénominations diffèrent : « intellectuel public », « leader d’opinion », « influenceur ». Le développement des médias, des universités, des communautés religieuses et des industries dans chaque région explique ces inflexions. Quand les magnats du pétrole finançaient des animateurs radio évangéliques dans le Texas des années 1920, les intellectuels de la Silicon Valley participaient avant tout à l’avancement des nouvelles technologies.

Curtis Yarvin est aujourd’hui présenté comme « l’un des intellectuels les plus influents de la Silicon Valley ». C’est à ce titre qu’il est invité, le 21 février, à Vienne par le groupe d’étudiants Aktion 451, se voulant un contrepoids de droite aux « universités de gauche ». De là, le blogueur gagnera le château d’Elmau. Il est convié dans cet hôtel de luxe au cœur des Alpes bavaroises pour débattre du 22 au 27 février du futur de l’Europe démocratique, lors d’un symposium organisé par Ivan Krastev, un politiste bulgare. Sont également conviés la sociologue Eva Illouz, le philosophe Peter Sloterdijk, l’historien Quinn Slobodian (qui a décliné) et l’écrivain Giuliano da Empoli.

Yarvin, qui se revendique des Lumières sombres, une plaidoirie pour un retour aux hiérarchies du Moyen Age, se voit ainsi couronné « intellectuel » au cœur de l’Europe. En 2025, il eut le droit aux coups de projecteurs du New York Times, puis du New Yorker, exposition qui ne va pas sans ironie quand on connaît sa critique des médias libéraux. Au printemps 2025, on pouvait aussi l’entendre à Harvard, qu’il a maintes fois pris pour cible. En septembre, il dialoguait avec Alastair Campbell, figure du blairisme, sur la scène du très renommé HowTheLightGetsIn Festival, à Londres.

En France, Yarvin contribua, comme invité de la revue Le Grand Continent, à l’ouvrage L’Empire de l’ombre (Gallimard, 2025), aux côtés de politiques, d’intellectuels et de grands noms de la tech (Sam Altman, Marc Andreessen, Peter Thiel), sous la direction de Da Empoli. Le Grand Continent, tout comme Philosophie Magazine, lui a longuement donné la parole et consacré plusieurs articles au cours de l’année 2025. Deux essais à succès, Apocalypse Nerds (Divergences, 2025), de Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, et Les Lumières sombres (Gallimard, 160 pages, 18 euros), d’Arnaud Miranda, le présentent comme un rouage central des dynamiques de recomposition à l’œuvre outre-Atlantique.

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