En Chine, le repos impossible des retraités des champs

En chapka et anorak, Zhang Huahua (nom d’emprunt), 63 ans, dos voûté, visage craquelé, pousse péniblement son engin de brossage sur les dalles de basalte du quartier branché de Sanlitun Soho, au cœur de Pékin. « Le plus fatigant, c’est la préparation. Le chef nous donne des rallonges électriques trop petites, qu’on assemble bout à bout, parfois sur 40 mètres, accroupis », explique la sexagénaire. Avant de devenir agente d’entretien et de nettoyer le vomi des noctambules pékinois dès le lever du jour, Zhang Huahua produisait du cachemire. « Mon mari et moi, on élevait 700 chèvres près de Chifeng, en Mongolie-Intérieure. Mais les autorités ont imposé des périodes d’interdiction de pâturer de plus en plus longues et on n’avait plus assez d’argent pour acheter le fourrage supplémentaire, sans compter les médicaments. Comme le prix de la laine continue de baisser, on a revendu les bêtes et me voici ici. »

Payée 4 000 yuans par mois (488 euros) pour des journées qui s’étirent de 7 heures à 22 heures, six jours sur sept, Huahua loue une chambre à 1 700 yuans. Elle débourse 5 000 yuans par an pour sa couverture santé. « Il me reste une soixantaine de yuans par jour pour vivre et aider mon mari, resté chez nous. J’espère qu’il me rejoindra bientôt. On est une centaine de vieux dans l’équipe. »

Pour biner les espaces verts, polir les parvis, ramasser les mégots ou trier les déchets, Pékin – comme d’autres grandes métropoles chinoises – s’appuie largement sur les seniors venus des campagnes. Contraints à un exode tardif, ils arrivent en ville après 60 ans pour parer à l’urgence : payer les soins d’un conjoint, financer une opération, éponger une dette.

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