Comment se distinguer quand la discrétion fait partie de l’ADN de la maison ? Pour les collections automne-hiver 2026-2027, présentées du 24 février au 2 mars à Milan, en Italie, Jil Sander et Max Mara tentent de se réinventer sans s’écarter de l’extrême sobriété qui les caractérise.
Quand, en mode, on parle de « minimalisme », on pense généralement à Jil Sander. Dans les années 1990, la créatrice allemande a marqué les esprits avec son style épuré, perpétué après son départ par de talentueux designers (Raf Simons, puis Luke et Lucie Meier). Simone Bellotti, recruté par la marque au printemps 2025, a proposé, en septembre 2025, un défilé presque ascétique, dont la richesse se cachait dans les détails. Cette saison, il a eu envie « d’aller à l’opposé ». « Une marque peut se contredire », affirme celui qui a découvert, en arrivant dans l’entreprise, des catalogues des années 1980 témoignant que Jil Sander n’avait pas toujours embrassé le style minimaliste.
L’Italien a donc injecté un peu d’extravagance à son vestiaire, « pour voir si le superflu peut se révéler nécessaire ». Des robes et des manteaux coupés au cordeau, parfaitement rectangulaires, se révèlent dotés de pans de tissu qui tombent en cascade dans le dos ; des cols et des manches composés d’un millefeuille de soie dépassent d’un pull ; des excroissances de laine se déploient autour du bustier d’une robe, comme un motif géométrique.
L’univers de la maison est aussi une source d’inspiration, avec une petite robe ivoire qui semble aussi moelleuse qu’un matelas ou un pardessus rigide, taillée dans une laine de canapé. L’ensemble est d’autant plus réussi qu’il recèle en lui un véritable pouvoir de transformation. Statiques, les vêtements correspondent à l’idéal minimaliste de Jil Sander ; en mouvement, ils révèlent leur délicate opulence.
Chez Max Mara, les données du problème sont différentes. L’entreprise d’Emilie-Romagne a été fondée dans les années 1950 par Achille Maramotti, qui voulait habiller la bourgeoisie italienne. Depuis, elle s’est internationalisée, compte parmi les marques les plus importantes de la fashion week milanaise et organise à ce titre deux défilés par an. Mais elle continue de rester à l’écart des tendances et compose chaque saison un vestiaire élégant, en harmonie avec la pièce qu’elle vend le plus : le manteau 101801, au volume ample, aux épaules arrondies, en laine et cachemire, imaginé dans les années 1980 par Anne-Marie Beretta.
Ian Griffiths, qui a rejoint Max Mara en 1987, en est devenu le directeur artistique en 2009. Au fil du temps, le Britannique a affiné sa méthode et cherche désormais l’inspiration du côté des femmes qui ont marqué l’histoire. Cette saison, il se tourne vers Mathilde de Toscane (1046–1115), comtesse médiévale surtout connue pour l’appui qu’elle a apporté aux papes réformateurs en conflit avec les empereurs germaniques lors de la querelle des Investitures. « J’adorerais faire des costumes pour un documentaire de la BBC, mais ce n’est pas le propos ici. Je voulais des références médiévales pas trop littérales », explique le créateur.
Les évocations moyenâgeuses sont en effet discrètes : une tunique en daim souple, des bottes plates arrivant à mi-cuisse, une rangée de rivets métalliques, un manteau avec des empiècements en nubuck aux épaules, dans des tons « de loup, de renard et de lion », autrement dit du gris, du marron et du beige. Ces éléments se mélangent de manière plus ou moins fluide à des luxueux manteaux en cachemire ou en alpaga, des jupes en laine longues et étroites, des pulls zippés à capuche, des vestes aux épaules rondes et à la taille marquée. Max Mara s’avère plus convaincant quand il offre au vestiaire féminin une forme de modernité que lorsqu’il cherche des références dans le passé.