Les Iraniens ont le privilège de ne jamais avoir été colonisés et de s’être relevés des épreuves de l’histoire en maintenant leur identité nationale. Au début du XXe siècle, profitant de la rivalité russo-britannique, le peuple iranien a gagné un minimum de droits démocratiques, un Parlement et une Constitution. Mais la nouvelle entente entre Londres et Saint-Pétersbourg et l’occupation de l’Iran par des troupes belligérantes entre 1914 et 1918 rendaient caducs les espoirs de réforme.
Après un coup d’Etat patronné par les Anglais en 1921, la dynastie nouvelle des Pahlavi offrait une façade moderne et sécularisée à l’Etat iranien : de nombreuses réformes administratives permettaient d’unifier le pays. Cette survie avait un prix, car les Britanniques, jusqu’en 1951, avaient la mainmise sur les ressources pétrolières. La nationalisation de cette richesse stratégique, après la fin de l’occupation soviéto-britannique pendant la seconde guerre mondiale, redonnait aux Iraniens leur fierté nationale.
La hantise du communisme mobilisa le clergé chiite avec le soutien américain pour renverser le gouvernement de Mohammed Mossadegh [premier ministre entre 1951 et 1953], un leader de la trempe de Gandhi et de Nasser. Le jeune chah Mohammad Reza Pahlavi, qui le détestait, a joué le rôle du rempart contre l’URSS en utilisant l’aide de Washington et en gouvernant l’Iran de manière despotique. Mis à part l’enrichissement impressionnant que lui a procuré le pétrole, son principal souci était d’équiper une armée pléthorique et ultramoderne. La révolution de 1979, dirigée contre lui et les élites occidentalisées autant que contre la tutelle américaine, a donné l’espoir aux Iraniens de réaliser le rêve de Mossadegh.
Plus encore que dans le renversement du gouvernement nationaliste de 1953, l’intervention du clergé a été décisive. Les intellectuels comme les masses « dépaysannées » ont vu l’autorité religieuse comme l’antidote idéal à l’influence occidentale. Les élites nationalistes libérales ont cru qu’une fois la monarchie renversée, Khomeyni et les ayatollahs leur laisseraient la place.