« Sur le nucléaire, la République islamique d’Iran a toujours campé sur une posture ambiguë »

La République islamique d’Iran voulait « la bombe » pour se protéger ; sa quête obstinée de l’arme atomique pourrait signer sa perte. Le projet nucléaire de Téhéran devait être une assurance-vie ; il peut provoquer la chute de la théocratie militarisée qui règne sur l’Iran depuis quarante-sept ans. Rien n’est encore acquis. Le régime est sans doute plus solide qu’on ne l’imagine à Washington et capable de survivre à un mois de bombardements américano-israéliens. Mais la question est là, qui doit tarauder les dirigeants iraniens : à quoi a servi l’effort, continu et ruineux, mené pour doter le pays de la capacité à assembler une arme nucléaire ?

Maîtresse du sens caché des mots, la République islamique a toujours campé sur une posture ambiguë. Dès le début des années 1970, l’Iran a adhéré au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) – qui lui interdit l’accès à « la bombe » mais lui ouvre les portes du nucléaire civil. Après avoir brièvement abandonné un projet lancé du temps du chah Mohammad Reza Pahlavi, renversé en 1979, les dirigeants iraniens le reprennent à l’issue de l’affrontement qui, de 1980 à 1988, oppose leur pays à l’Irak.

Ils jurent que leur programme n’a d’autres fins que civiles, mais, dans le même temps, prennent soin de laisser entendre qu’ils acquièrent le savoir-faire et les moyens de maîtriser la fabrication d’une arme nucléaire – ce qui vaudra à Téhéran, au début du siècle, la première d’une série ininterrompue de sanctions jusqu’à nos jours. Puis, tout au long d’une saga mouvementée où vont alterner négociations et confrontations, l’Iran maintiendra la même approche : proclamation de sa fidélité à ses engagements au titre du TNP, mais développement parallèle d’un arsenal de missiles et d’installations d’enrichissement de l’uranium qui vont bien au-delà de ce que requiert un programme civil. Conclusion : l’Iran veut sa bombe – un jour.

Pour autant, il n’y avait pas danger imminent. Il y a moins d’un an encore, la CIA, dressant le tableau des menaces pesant sur la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés, écrivait que l’Iran n’était nullement sur le point de déployer un engin nucléaire. Pas de danger pressant de ce côté-là quand le président américain, Donald Trump, interrompant une négociation engagée avec Téhéran, se lance, samedi 28 février, dans une guerre menée conjointement avec Israël.

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