Mojtaba Khamenei, parmi les personnalités les plus influentes de la République islamique, succède, dimanche 8 mars, à son père comme Guide suprême.

Ce religieux de 56 ans, considéré comme proche des conservateurs en raison de ses liens avec les gardiens de la révolution, a été choisi par l’Assemblée des experts, composée de membres du clergé. Son père, qui était au pouvoir depuis 1989, a été tué le 28 février dans l’offensive américano-israélienne comme d’autres hauts dignitaires. Ali Khamenei avait lui-même succédé en 1989 au fondateur de la République islamique, l’ayatollah Ruhollah Khomeini.

« L’ayatollah Mojtaba Hosseini Khamenei (…) est nommé et présenté comme troisième Guide du système sacré de la République islamique d’Iran, sur la base d’un vote décisif des membres respectés de l’Assemblée des experts », affirme l’instance religieuse dans un communiqué relayé par les médias iraniens. L’Assemblée « invite la noble nation entière d’Iran, particulièrement les élites et les intellectuels des séminaires et des universités, à faire allégeance au Guide et maintenir l’unité autour » de lui, a ajouté l’institution.

La nouvelle a été annoncée solennellement à la télévision d’Etat par un présentateur lisant le communiqué officiel de l’Assemblée des experts, le collège de 88 membres chargé de désigner le nouveau Guide suprême, pendant qu’une photo de Mojtaba Khamenei apparaissait à l’écran. Des images ont ensuite montré des scènes de liesse aux quatre coins du pays, avec des Iraniens agitant de nuit des drapeaux de la République islamique ou les lampes de leurs téléphones portables.

Peu après, dans un communiqué, les gardiens de la révolution ont déclaré lui faire allégeance. Le corps des gardiens « soutient le choix de l’honorable Assemblée des experts [et] est prêt à une obéissance totale et au sacrifice de soi pour accomplir les commandements divins » de Mojtaba Khomeini, ont-ils déclaré. Les forces armées et la police ont également fait allégeance au nouveau Guide. Les rebelles houthistes, au Yémen, soutenus par Téhéran, ont aussi salué sa nomination.

Depuis une semaine, son nom circulait pour endosser ce poste dévolu à un religieux. Ali Khamenei avait pourtant écarté, en 2024, un tel scénario alors que la Révolution islamique a mis fin en 1979 à des siècles de monarchie héréditaire.

Israël a d’ores et déjà annoncé, mercredi, que le nouveau Guide suprême – qui est désigné à vie et garde en pratique le dernier mot sur les grandes orientations, tant en politique intérieure qu’extérieure, serait « une cible ».

Quant à Donald Trump, qui, au début de la guerre, avait exhorté le peuple iranien à renverser la République islamique, il a prévenu, dimanche, que le nouveau Guide suprême iranien « ne tiendra pas longtemps » sans son aval, et ce avant même que son nom soit rendu public. Jeudi, il avait déjà affirmé qu’il n’accepterait pas que Mojtaba Khamenei, qualifié de « poids plume », prenne la relève.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, a réaffirmé que le choix du successeur d’Ali Khamenei incombe au « peuple iranien » et à « personne d’autre ».

Cette désignation survient alors que l’Iran, toujours visé par d’intenses frappes, assure être prêt à « au moins six mois de guerre », faisant fi des appels à la « capitulation inconditionnelle » lancés par Donald Trump. Le président américain a évoqué un possible envoi futur de troupes au sol en Iran pour contrôler les stocks d’uranium enrichi du pays.

Dimanche après-midi, des explosions ont été entendues dans la capitale, déjà plongée au petit matin dans l’obscurité et enveloppée d’un voile noir, selon les journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).

L’armée israélienne a déclaré avoir frappé « plusieurs » réservoirs de carburant utilisés, selon elle, pour faire fonctionner les infrastructures militaires, avant d’annoncer dans l’après-midi avoir frappé le QG de la force aérospatiale des gardiens de la révolution, force d’élite de la République islamique. Il s’agit de la première attaque rapportée contre des infrastructures pétrolières iraniennes depuis le 28 février.

Aux abords, des forces de sécurité en imperméable, pour se protéger des retombées toxiques, et munis de masques de protection respiratoire, filtrent la circulation. Les vitres des immeubles résidentiels aux alentours ont été soufflées par des explosions.

La distribution d’essence est désormais limitée à 20 litres par véhicule, et des files d’attente s’étirent le long des stations-service de Téhéran, a constaté l’AFP, dimanche, jour de reprise en Iran après une semaine fériée décrétée après la mort d’Ali Khamenei.

« L’air est devenu irrespirable », témoigne une habitante jointe par téléphone depuis Paris. « La guerre est en train de s’étendre. Ce n’est pas ce que nous voulions. Nous ne voulions pas qu’ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà. »

Selon le dernier bilan du ministère de la santé iranien, plus de 1 200 personnes ont été tuées et plus de 10 000 civils blessés, des affirmations que l’AFP n’a pas pu vérifier.

Parallèlement, au Liban, de violents combats faisaient rage dans la nuit de dimanche à lundi dans l’est du pays près de la frontière syrienne, où des troupes israéliennes ont atterri à bord d’hélicoptères. Le bilan des frappes israéliennes menées dans le pays contre le Hezbollah s’élève à 394 morts, ainsi qu’à quelque 517 000 déplacés, selon les autorités libanaises.

Les Etats-Unis ont, de leur côté, annoncé la mort d’un septième militaire américain tué dans les frappes iraniennes dans le Golfe le 1?? mars.

Depuis le début de la guerre, en riposte aux bombardements, l’Iran tire en effet des missiles et des drones vers des infrastructures dans le Golfe, riche en hydrocarbures et qui abrite plusieurs bases militaires américaines.

Le conflit paralyse une grande partie des flux d’hydrocarbures en provenance du Golfe. Le détroit d’Ormuz est au centre des inquiétudes, avec quelque 20 % de la production mondiale de pétrole et près de 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) qui y transite habituellement. Le prix du baril de pétrole a dépassé les 100 dollars lundi, atteignant son plus haut niveau depuis l’été 2022 à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La flambée des cours du pétrole est un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde », a écrit, dimanche, Donald Trump sur son réseau Truth Social. « Il n’y a que les imbéciles pour penser autrement ! », a ajouté le président américain, assurant que les prix de l’or noir allaient « rapidement chuter lorsque la destruction de la menace nucléaire iranienne sera achevée ».

Bahreïn a fait état, dimanche soir, de civils blessés, dont un grièvement, dans une attaque de drones iraniens, après avoir déploré plus tôt les dégâts subis par une station de dessalement. Dans une rare intervention publique, le roi du Bahreïn, Hamad ben Issa Al-Khalifa, s’est dit « profondément attristé » par ces « attaques sans précédent » qui « ne sauraient être justifiées par aucun prétexte de la part de l’Iran ».

Le Koweït a, lui, rapporté, dimanche, des frappes sur des réservoirs de carburant de son aéroport. En Arabie saoudite, deuxième producteur mondial de pétrole derrière les Etats-Unis (l’Iran étant dans les dix premiers), c’est le quartier diplomatique de Ryad qui a été visé par une attaque de drones, déjouée selon le gouvernement. Une autre frappe a ciblé le gisement de pétrole de Shaybah, tandis qu’un « projectile » tombé sur une zone résidentielle au sud de Ryad a fait deux morts. Des explosions ont également été entendues à Abou Dhabi, ainsi qu’en Israël où les secours ont fait état de six blessés.

La Ligue arabe a qualifié d’« irresponsables » les attaques de l’Iran contre ses voisins. La Chine et la Russie restent, quant à elles, en retrait malgré leurs liens étroits avec Téhéran.

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