Ironie de l’histoire, au moment où le texto d’un collègue de psychiatrie du Sud-Ouest s’affiche sur son écran, le 22 mai, pour s’inquiéter d’une demande appuyée de vigilance sur ses patients, Pascal Mariotti s’apprête à quitter un colloque à l’Assemblée nationale visant à faire de la santé mentale la « grande cause nationale » de 2025. Ce n’est que la première alerte reçue par le président de l’Association des établissements du service public de santé mentale, et directeur de l’hôpital psychiatrique Le Vinatier (Lyon), sur des consignes « choquantes et illégales », dénonce-t-il. Celles-ci se sont depuis multipliées dans plusieurs départements accueillant la flamme olympique : pas question de laisser sortir certains patients psychiatriques – ceux hospitalisés sous le régime de la contrainte, sur décision du représentant de l’Etat (SDRE) – pendant les jours concernés, indique-t-on en substance.
Dans le Haut-Rhin, en Seine-Maritime, en Loire-Atlantique… Par oral, par courrier, par e-mail : des préfectures, la plupart du temps, mais aussi certaines agences régionales de santé ont demandé aux hôpitaux de revenir sur les autorisations de sortie de ces patients en soins dits « sans consentement ». Qu’il s’agisse de permissions de sortie (jusqu’à soixante-douze heures), de levées de mesures de contrainte ou de décisions de programmes de soins ambulatoires (en dehors de l’hôpital).
A quelques jours de l’ouverture des Jeux olympiques, vendredi 26 juillet, l’émotion ne retombe pas chez les acteurs du secteur, qui prennent la parole depuis plusieurs semaines pour s’élever contre ces restrictions « inédites », avec une crainte : si de telles consignes sont intervenues pour le passage de la flamme, que se passera-t-il pour les JO ?
Les psychiatres et les directeurs s’en sont émus, au même titre que les porte-voix des patients, telle l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), jusqu’à la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, qui a interpellé le ministre de l’intérieur dans un courrier en date du 21 juin – resté sans réponse.
« C’est la première fois que nous sommes informés de mesures aussi généralisées, exprimées diversement mais qui se ressemblent beaucoup entre elles », pointe-t-elle auprès du Monde, tout en soulignant dans son courrier le « paradoxe stupéfiant à stigmatiser et surenfermer un ensemble de patients atteints de handicaps psychosociaux, aux antipodes des valeurs affichées par les Jeux ». « Ces interdictions de sortie généralisées, faites à des patients hospitalisés sur une base uniquement sécuritaire, constituent une violation flagrante de leurs droits, et sont très stigmatisantes », ajoute Emmanuelle Rémond, présidente de l’Unafam.