Yanick Lahens savoure la joie de son retour en Haïti, après dix mois d’absence. Partie aux Etats-Unis pour deux semaines en novembre 2024, l’écrivaine s’est retrouvée bloquée quand l’aéroport de Port-au-Prince a fermé à cause de la violence des gangs. Il a rouvert en juin, mais la situation sécuritaire reste critique. Bientôt, pourtant, elle va retrouver les apéritifs du dimanche à « refaire le monde » avec ses amis auteurs et étudiants – ce sens politique de la communauté qui lui est nécessaire pour écrire.
Son nouveau roman, Passagères de nuit, se situe en partie à La Nouvelle-Orléans (Etats-Unis), une ville effervescente au XIXe siècle, où cohabitent « les Blancs fraîchement débarqués de Saint-Domingue ou refoulés de Cuba, les esclaves de tous ces maîtres, les Amérindiens Natchez, Apalaches et Houmas, les Acadiens, la cohorte d’aventuriers, pirates et contrebandiers, arrivés de toute l’Europe, et les quelques Noirs libres ». Né il y a douze ans d’une conversation avec une tante et inspiré de sa famille, Passagères de nuit relate l’histoire de deux femmes entre Haïti et La Nouvelle-Orléans, et reprend des thèmes présents dans son œuvre depuis ses débuts. « J’écris pour combler un manque, parce que la narration du monde ne suffit pas, confie Yanick Lahens au “Monde des livres”. C’est en parlant avec ma tante, en Floride [Etats-Unis], que je me suis ressourcée, que j’ai pris les eaux profondes. » Plongée en trois mots dans son univers.