Il était un monument de l’historiographie du nationalisme algérien, dont il a exploré les ressorts et les arcanes, ébréchant au passage bien des mythes dont se nourrissait la vulgate officielle ou militante. Mohammed Harbi est mort jeudi 1er janvier, à Paris, où il vivait en exil depuis un demi-siècle. Il était âgé de 92 ans. Ce dandy austère, rires de gamin et œil facétieux, toujours prêt à gratifier de son exquise courtoisie le visiteur, en son modeste appartement de Belleville, aura eu bien des vies.

Laquelle retenir ? Celle du nationaliste, cadre du Front de libération nationale (FLN), qui œuvra en qualité d’expert dans les coulisses des premières négociations d’Evian, en mai 1961 ? Celle de l’opposant aux nouveaux maîtres de l’indépendance, fidèle à ses convictions socialistes, emprisonné dès 1965 et contraint de quitter son pays à l’âge de 40 ans ? Ou celle de l’historien en exil, de l’homme d’archives, spécialiste du FLN et de la guerre d’Algérie, qui, dans la seconde moitié des années 1970, bouleversa les grilles de lecture convenues, en forgeant le concept de « populisme révolutionnaire » (Aux origines du Front de libération nationale, Christian Bourgois, 1975), avant de débusquer, derrière la façade du parti-Etat FLN, la captation du pouvoir par une « armée-Etat » (Le FLN : mirage et réalité. Des origines à la prise du pouvoir 1945-1962, Jeune Afrique, 1980, rééd. Syllepse) ?

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