James a 16 ou 17 ans, il ne sait pas exactement. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours été à la rue. Vendeur de cigarettes, cireur de chaussures, chiffonnier, ferrailleur, l’adolescent au corps svelte et aux veines saillantes a enchaîné les petits boulots. Avant que n’éclate la guerre, le 15 avril 2023, James trimait dans un restaurant, « à la plonge ou à la serpillière ». Une journée pouvait rapporter au mieux 10 000 livres soudanaises – moins de 3 euros.
Dès les premiers combats entre l’armée soudanaise, dirigée par le général Abdel Fattah Al-Bourhane, et les paramilitaires de Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », – sanglant conflit qui a déjà fait quelque 200 000 morts –, James a perdu son gagne-misère et ses deux copains de galère, Sabeed et Deng, éventrés par une frappe de drone. « A part les obus qui tombaient tout le temps, la guerre n’a pas changé grand-chose, assène-t-il de son regard brillant qui ne cille pas. On n’a rien connu d’autre que la violence. »
On les appelle les shamassa, les « enfants du soleil ». Armés de chiffons, ils font briller les bagnoles de la capitale, ramassent tout ce que la ville recrache, ses ordures, ses bouts de ferraille et ses bouteilles en plastique. On les entend arriver au frottement de leurs tatanes sur le bitume, ou à leur sifflement qui propose aux passants de cirer leurs chaussures. Souvent orphelins, ils sont aussi devenus la chair à canon de la guerre soudanaise. Des proies faciles à recruter pour les milices des Forces de soutien rapide (FSR), qui ont garni leurs rangs de gamins errants.