Jérôme nous accueille sur son palier, dans le 11e arrondissement de Paris. Bientôt père de son troisième enfant, ce Belge de 45 ans est réalisateur de films. Il chuchote. Peut-être parce que sa femme, enceinte, se repose, peut-être parce qu’il s’apprête à raconter un secret de famille, enfin plusieurs. Une fois assis dans le canapé, il se décharge comme on vide un sac de charbon.
Jérôme a grandi dans un village à 30 kilomètres de Bruxelles. Ses parents sont assez absents, car ils travaillent beaucoup, et ses deux grands frères font déjà leur vie. Une enfance pas malheureuse, pleine d’amis et d’activités extrascolaires, mais où il est souvent livré à lui-même. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, un poids lui pèse. Quelque chose de gluant. L’impression diffuse de vivre dans un décor. Il ajoute qu’il a toujours eu une « sensibilité exacerbée » et que, très tôt, l’alcool et les drogues l’ont rongé, par deux fois jusqu’au seuil de la mort. « J’ai aujourd’hui dix-sept ans de sobriété. »
Côté maternel, il y a des oncles et tantes qu’il n’a bizarrement jamais rencontrés et une histoire floue autour de son grand-père qui aurait fait du marché noir pendant la seconde guerre mondiale. Côté paternel, il y a ce nom, un patronyme de la noblesse belge, qui lui inspire de la honte de manière quasi instinctive.