A quoi sont véritablement reliées nos box Internet ? Comment ces petits objets qu’on cache sous nos canapés ont-ils engendré la révolution anthropologique qu’est la vie connectée ? Soline Nivet ne croit pas à la magie. Architecte, critique, enseignante (à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris Malaquais, ENSA), cette abonnée Free de la première heure s’est lancée dans une enquête qui l’a conduite à cartographier la présence de son opérateur dans le bâti parisien, à en comprendre les ressorts politiques et les effets sociaux. Le livre qu’elle en a tiré, Paris Ville Free (éditions 369, 2025), s’inscrit dans une tendance en plein boom, celle des enquêtes réalisées avec les outils et méthodes de l’architecture mais portant sur des objets qui en excèdent le périmètre communément admis. L’industrie du béton, par exemple, sujet aussi lourd d’enjeux que peu documenté, a inspiré une bande dessinée à succès (Béton. Enquête en sables mouvants, d’Alia Bengana, Antoine Maréchal et Claude Baechtold, La Cité Graphique, 2024) ainsi qu’un essai particulièrement éclairant (Désarmer le béton. Ré-habiter la terre, Léa Hobson, La Découverte, 2025).
Dans un autre livre (Quand les architectes mènent l’enquête ?, éditions 205, 2025), Soline Nivet tente de théoriser le sujet. L’appétence actuelle pour ce type d’approche, très forte chez les étudiants notamment, répondrait selon elle à un besoin d’y voir clair dans un monde saturé d’informations. Peut-être traduit-elle aussi le désir « de trouver du sens à leurs compétences dans un contexte où les architectes ne travaillent pratiquement plus que pour des maîtres d’ouvrage qui ne sont pas les utilisateurs, des investisseurs qui ne sont pas les preneurs… ».