Le 3 mars 2023, j’étais en vacances dans le sud de la France avec Nicolas, mon mari. Nous venions de déjeuner, nous prenions le café au soleil lorsque soudain, j’ai ressenti comme une brûlure électrique, des picotements dans mon poing et mon bras gauches. Ce fut vif, brutal. Immédiatement j’ai pensé que l’intensité de cette douleur inédite annonçait la gravité de l’événement qui me percutait.
Nicolas appela les pompiers. « Ma femme fait un AVC, je crois, j’ai peur. Venez vite ! » Quelques dizaines de minutes plus tard, j’étais dans le camion rouge. Il m’emmenait aux urgences du CHU d’Avignon. J’avais eu le temps de vérifier avant de partir : mon visage n’était pas déformé, la bouche n’avait pas grimacé. C’était pourtant bien un AVC, ma jambe gauche m’avait lâchée, incapable de me permettre de me rendre aux toilettes, accident vasculaire cérébral sévère – hémorragique et pas ischémique, l’éruption, pas le bouchon.
J’entrais aux urgences et, rapidement, dans le coma, ce long tunnel noir dont je sortirais deux semaines plus tard sans aucun souvenir de ce qui s’était passé. Le coma est un épais moment d’absence qui ne laisse aucune trace. Mes proches m’ont raconté et je les en remercie : sans eux, mon existence serait trouée, déchirée par ces journées d’absence. J’avais été transférée dans la nuit d’Avignon aux urgences neurologiques de Marseille. Les chirurgiens de la Timone avaient installé une dérivation pour évacuer le sang de mon cerveau, un tube de ma bouche aux poumons, des tas de branchements et de perfusions aussi. Plus tard j’ai pensé à Apollinaire en observant sur une photo le bandage qui enserrait mon crâne rasé. J’attrapai quelques infections nosocomiales qu’on put, heureusement, combattre efficacement. Chaque matin amenait ses espoirs et reconvoquait la patience, et un jour, enfin, après plusieurs tentatives décevantes, le réveil, les yeux finalement ouverts : j’étais en vie – mais, curieusement, sans encore en avoir moi-même conscience.