Marion Flécher est sociologue, maîtresse de conférences à l’université Paris-Nanterre et chercheuse associée au Centre d’études de l’emploi et du travail. Prenant appui sur une enquête réalisée entre 2016 et 2019 en France et dans la Silicon Valley, aux Etats-Unis, elle s’interroge, dans son ouvrage, sur les promesses portées par les start-up (success-story, méritocratie, flexibilité).

Je me suis intéressée à la réalité sociale derrière ce mythe du self-made-man. On constate tout d’abord que les fondateurs de start-up constituent une population fortement dotée en capital scolaire, économique et social – majoritairement issue des classes moyennes et supérieures, avec un niveau de diplôme élevé et un accès privilégié à des réseaux relationnels proches des milieux d’affaires. Ce capital joue en particulier un rôle-clé pour réussir des levées de fonds, lors desquelles il faut convaincre des investisseurs – souvent des hommes d’une soixantaine d’années, issus des milieux d’affaires.

Les entrepreneurs disposant d’un fort capital culturel, économique et social ne vont pas mettre toutes leurs ressources en jeu. C’est le cas notamment sur le plan financier : ils auront la capacité de mobiliser des capitaux familiaux ou des subventions publiques. En cas d’échec, leur diplôme leur permettra de retrouver facilement un emploi de cadre salarié. Cette expérience entrepreneuriale pourra par ailleurs être valorisée dans leur parcours professionnel. En revanche, l’échec va coûter très cher aux créateurs de start-up n’ayant ni ces capacités ni les « codes » pour décrocher, par exemple, des subventions. Ils vont s’endetter lourdement sans avoir la possibilité de rebondir.

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