La grève des médecins, un signal d’alarme

Trois semaines après l’apaisement politique qu’avait apporté l’adoption du budget de la Sécurité sociale, la grève des médecins libéraux, soutenue par certains de leurs confrères hospitaliers rappelle, s’il en était besoin, la gravité du malaise des professions médicales et la fragilité du système de santé français dont les performances, longtemps données en exemple, se sont effritées. Ce mouvement de protestation, programmé du 5 au 15 janvier, d’une radicalité inédite tant par sa durée que par la diversité des catégories de médecins impliquées et des sujets de grogne, reflète tant la profondeur de la crise de notre modèle sanitaire, marquée par les difficultés de l’accès aux soins, que le flottement politique lié à l’impasse budgétaire et à la paralysie de l’exécutif.

De manière significative, le mouvement, parti d’une protestation catégorielle de chirurgiens libéraux défendant leurs dépassements d’honoraires, a essaimé pour agréger une série de mécontentements hétéroclites : nouveau pouvoir donné à l’Assurance-maladie de baisser d’autorité la rémunération de certains actes en cas d’échec des discussions avec les professionnels, menace de sanction pour les médecins ne remplissant pas le « dossier médical partagé », limitation à un mois de la durée des premières prescriptions d’arrêt de travail, etc. Révélateur de la confusion est aussi le fait que certaines de ces mesures visées par les grévistes soit n’ont pas été adoptées (surtaxation des dépassements d’honoraires), soit ont été écartées par la ministre de la santé (fixation de tarifs par l’Assurance-maladie).

Mais ces mesures ont en commun d’être perçues par les grévistes comme attentatoires à leur liberté d’exercice, facteurs de charge de travail supplémentaire ou bafouant le système conventionnel qui les lie à l’Assurance-maladie. Elles symbolisent à leurs yeux un autoritarisme qui monte, au moment où leur charge de travail est alourdie par la pénurie de soignants, la défiance et les incohérences des responsables politiques dans un contexte de valse des ministres.

L’impression de malaise liée à la grève, programmée en plein pic épidémique hivernal et sans permanence de soins systématique, est accrue par le fait que le compromis sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale a précisément consisté à desserrer l’étreinte financière sur le système de santé et que l’augmentation des dépenses de santé (plus de 4 % par an), liée notamment au vieillissement de la population, doit être contrôlée. Comment les médecins, en particulier les spécialistes les plus favorisés financièrement, pourraient-ils échapper aux contraintes budgétaires qui pèsent sur l’ensemble de la population ? Comment, au passage, justifier la résistance à la pratique du dossier médical partagé, un carnet de santé numérique qui facilite le suivi des patients et évite les doubles prescriptions ?

On aurait tort, cependant, de négliger le signal d’alarme que constituent ce mouvement de grève et les colères multiples qu’il agglomère. Certes, notre système, qui combine libéralisme et réglementation et fait largement reposer la rémunération des médecins sur des recettes publiques, suppose un équilibre entre libertés et contraintes. Mais la multiplication des contentieux, entre une profession médicale exaspérée par des annonces politiques sans lendemain et des autorités publiques qui naviguent à vue, met en lumière l’urgence d’un plan pluriannuel pour la santé permettant de refonder un système éminemment précieux, mais dont les insuffisances ne font que nourrir l’extrémisme politique.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario