« Viens Elie », de Jonas Sollberger : le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault

Viens Elie commence un jour de grande chaleur par l’abattage d’un arbre. Le père frappe avec sa masse et, quand il frappe, l’arbre résiste et gémit. Plus il y a de coups, plus la sève coule et plus il penche, « la charnière se déchire, l’arbre est pris dans une chute, l’arbre tombe, l’arbre tombe de plus en plus vite, alors que le père regarde tranquillement, le tronc tombe, les branches tombent, l’arbre s’écrase au sol, il frappe le sol tellement fort qu’il rebondit, et il y a un souffle, un souffle fait de feuilles, de vent et de branches qui craquent et puis c’est fini ». Difficile de ne pas voir dans cette destruction un mauvais présage. Elie, le fils témoin de l’abattage, se souvient des après-midi qu’il a passés sur ses branches. Il ne veut pas aider son père à ramasser le bois. Il préfère aller prendre le frais dans la forêt en compagnie de Moïse, l’oiseau qu’il a toujours sur son épaule. Elie est à la veille de ses journées de recrutement militaire (une pratique suisse). Demain il se rendra en ville pour les tests et examens. Il est inquiet et demande de l’aide à son oiseau. Alors, pour la première fois, l’oiseau prend son envol, monte de plus en plus haut et ne revient pas.

L’arbre tombe et l’oiseau s’élève. Le roman tient entre ces deux événements ; ou plutôt il tient entre ces deux événements en tant qu’ils sont éprouvés par son personnage principal, à la veille de son entrée dans l’âge adulte, qui doit ressembler à cela, « toute la journée courir sauter répondre aux questions suivre les ordres dans les cris les sifflements dans les frappements des ballons contre les murs le sol les murs non Moïse dit Elie je ne peux pas aller là-bas ». Je cite le texte un peu longuement pour le faire entendre : l’écriture est rythmée par la respiration inquiète du jeune homme comme plus haut elle l’était par les soubresauts de l’arbre en train de tomber. Les phrases, ponctuées le moins possible, font naître un monde autonome en aspirant l’esprit de la forêt, celui de l’enfant et celui de l’oiseau. Elles ne font qu’un avec eux et composent autour d’eux un cercle magique dans lequel nous sommes pris nous aussi.

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