Face à l’annexion annoncée du Groenland par les Etats-Unis, les dirigeants européens oscillent entre incrédulité et déni. « Si les Etats-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique Nord], alors tout s’arrête », avertit la première ministre danoise, Mette Frederiksen ; ce scénario « n’existe pas », affirme Emmanuel Macron. Plutôt que de commenter l’impensable, les Européens gagneraient à agir. Il s’agit d’oser le rapport de force et de tracer des lignes rouges : c’est le rôle de la diplomatie. C’est également une question de souveraineté territoriale et de solidarité, mais aussi de dignité et d’honneur.
Dans un ensemble démocratique comme l’Union européenne (UE), la crédibilité des dirigeants politiques serait altérée en profondeur si ceux-ci abandonnaient sans coup férir, d’une part, un morceau de leur territoire, le Groenland, qui est l’un des 13 « pays et territoires d’outre-mer associés à l’UE », et, d’autre part, le peuple groenlandais, qui est souverain, aux Etats-Unis. Comment soutenir ensuite l’intégrité territoriale de l’Ukraine au motif que la défaite de Kiev ouvrirait la porte à une agression militaire de l’UE par la Russie ?
Dès son premier mandat (2017-2021), le président américain, Donald Trump, a exprimé les vues des Etats-Unis sur le Groenland : ce dernier, où ils disposent déjà d’une grande base militaire, à Pituffik, doit faire partie du territoire américain. A l’époque, il envisageait que les Etats-Unis l’acquièrent en l’achetant. Aujourd’hui, un an après son retour au pouvoir, et dans la foulée de l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolas Maduro, le 3 janvier, Trump et son équipe envisagent que les Etats-Unis s’emparent du Groenland.