Ils sont moins spectaculaires qu’une opération militaire en Amérique latine, mais leur essor en fait l’un des enjeux-clés de la bataille financière entre les Etats-Unis et leurs grands rivaux. Les stablecoins deviennent à la fois un instrument de promotion du dollar et un canal de financement de la dette américaine, donc un levier supplémentaire pour Washington.
Ces instruments financiers d’un nouveau genre promettent d’accélérer les transactions tout en réduisant leurs coûts, en s’appuyant sur les atouts de la blockchain, la technologie de base de la finance « décentralisée ».
A la différence des cryptoactifs les plus connus comme le bitcoin, dont la valeur n’est que celle que lui attribuent leurs détenteurs, les stablecoins sont indexés sur un actif classique et censés maintenir à tout instant un prix stable. Un « stablecoin dollar » doit valoir 1 dollar, un « stablecoin euro » 1 euro.
Initialement utilisés comme passerelle entre « cryptos » et monnaies traditionnelles, les stablecoins ont vite trouvé de nouveaux usages : les paiements, les transferts internationaux entre entreprises ou particuliers et le financement de transactions impliquant des instruments classiques (actions, obligations, dépôts bancaires… ). Leur simplicité, leur faible coût d’utilisation et leur liquidité, s’ajoutant au cadre juridique lâche des débuts en matière d’anonymat, en ont aussi fait dès 2022, selon le site spécialisé Chainalysis, l’instrument majoritaire des transactions illicites en cryptoactifs, dont le contournement de sanctions internationales.
Dominé par deux entreprises d’origine américaine, Tether et Circle, le modèle a convaincu de grands acteurs américains de la banque, de la finance et du commerce, de J.P. Morgan à Amazon, en passant par Mastercard et Visa, dont le président, Oliver Jenkyn, se félicitait en décembre 2025 que les stablecoins « transforment un actif historiquement spéculatif en une infrastructure de paiement fiable ».