Eric Lu (piano)

Enregistré avant le succès d’Eric Lu, en octobre 2025, au prestigieux concours Chopin de Varsovie, ce disque témoigne d’indéniables qualités d’interprète, tant techniques qu’analytiques. Le pianiste américain de 28 ans défend une conception personnelle des partitions de Schubert en exaltant leur dimension dramatique. A cet égard, son approche du premier des 4 Impromptus op. 90 est édifiante. Loin de l’émouvante simplicité d’Alfred Brendel – la référence –, Eric Lu cultive une forme de maniérisme (toucher sophistiqué, tempo étiré à l’extrême) qui le rapproche d’un Grigory Sokolov. La grâce mozartienne s’y fait jour entre deux séismes beethovéniens. Le pianiste voit dans cette page tourmentée l’expression d’une « tragédie aride, austère et désespérée ». C’est bien ce que l’on entend. Les autres impromptus de l’op. 90 semblent résulter d’une semblable vision onirique. Moins contrastés, ceux de l’op. 142 prétendent, sous les doigts d’Eric Lu, à une grandeur, hymnique, qui n’est pas celle que la postérité a associée au compositeur, mais ils ne manquent pas de séduction. Pierre Gervasoni

Jesse Sykes & The Sweet HereafterForever, I’ve Been Being Born

Avec sa longue et lisse chevelure de jais et sa guitare en bandoulière, la chanteuse Jesse Sykes pouvait apparaître au début des années 2000 comme une épigone tardive d’Emmylou Harris, n’était sa voix grave et douloureuse, plus vouée à scruter les ténèbres de l’âme humaine qu’à tutoyer les anges. Après un hiatus de quatorze ans, ce cinquième album avec The Sweet Hereafter, formation créée à Seattle (Etat de Washington) avec le guitariste Phil Wandscher (ex-Whiskeytown), l’installe au sommet d’un country folk tourné vers la tradition littéraire du gothique américain (I Still Hear Lorelei, Winter’s Empty Pages). Tout en fragilité et dépouillement puisque le groupe a été amputé de sa section rythmique, ce que ne fait pas regretter l’inventivité harmonique de Wandscher, qui a ajouté à ses guitares tranchantes (dont la lap steel, jouée sur les genoux) des claviers vintage. Et encore moins la beauté désolée de ballades évoquant les grandes heures dépressives du Neil Young des années 1970, autour des souvenirs d’une jeunesse enfuie, des possibilités de renaissance (« la mort est un disque rayé », en excipit de l’album) et de la consolation que procure une nature menacée. A l’image de Dead End Pools, ces « bassins sans issue » vers lesquels retournent les saumons du Pacifique pour frayer. Bruno Lesprit

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