Ils lui ont dit surtout pas là. Pas dans le trou découpé dans la glace pour le bain de l’Epiphanie. Elle sait très bien, depuis le temps qu’elle est là, que ce serait considéré comme sacrilège, une promesse du diable de voir le mal s’abattre sur elle et sa descendance. Mais ça, pour la peine, personne ne l’en empêchera. On l’a déjà forcée à quitter sa propre noce. Tant ils étaient ivres et furieux et contre elle. Mais là, croyez-moi, elle ira se baigner, quoi qu’il arrive.
Il fait nuit comme elle n’a jamais vu ça par chez elle ; nuit noire. Tout, le relief, la vie, aplati par la nuit. Elle conduit sur les routes désertes et inconnues menant au lac qu’elle a repéré en arrivant l’avant-veille. Ils étaient encore main dans la main, ensemble et innocents dans la vie d’avant ce soir. Ils s’étaient promis de venir se baigner tous les deux ici, dans leur sacro-sainte eau glacée qui leur avait porté bonheur. Il conduisait, encore heureux de lui montrer les coins de son enfance, là où il avait joué, bu, fumé, embrassé pour la première fois. Comment peut-il être si doux et eux si dégueulasses ?