Chaque année, des dizaines de prisonniers sont exécutés aux Etats-Unis, parfois au terme de décennies passées dans le couloir de la mort. Parmi les gestes qui précèdent la mise à mort, un détail, qui pourrait sembler anodin de prime abord, revêt une signification particulière : le dernier repas.
En effet, ce plat, offert quelques heures avant l’exécution, dépasse largement la dimension culinaire. Rituel codifié et largement médiatisé, il encadre symboliquement la mise à mort légale exercée par les 27 Etats américains appliquant encore la peine capitale, transformant ce moment intime en récit public. Mais que dit cette tradition du rapport des Etats-Unis à son système capital ?
En organisant l’exécution autour de gestes réglés – un plat, la présence éventuelle d’un aumônier, la possibilité de faire une déclaration –, l’Etat cherche à inscrire la peine de mort dans un cadre ordonné, maîtrisé, présenté comme civilisé. Offrir un dernier repas à un détenu apparaît alors comme une concession minimale : « C’est une manière de réintroduire une forme d’humanité au moment précis où l’institution exerce son pouvoir le plus absolu », celui de tuer, explique la chercheuse néerlandaise Eline van Hagen, spécialiste de l’histoire de la nourriture.